L-VMARTiNE : « Borné dans sa nature, infini dans ses vœux
« L'homme est un dieu tombé qui se souvient des, cieux. »
Montesquieu : « Notre âme fuit les bornes (^). » Pascal : « L'homme n'est produit que pour l'infinité (^). » Cousin : « Quoi qu'il fasse, quoi qu'il sente, quoi qu'il pense, l'homme pense à l'Infini, il aime l'Infini, il tend à l'Infini (^). »
Or c'est Dieu qui a mis en nous ce besoin insatiable du vrai, du bien, du beau, du bonheur, d'une vie immortelle. C'est Lui qui, en nous donnant notre nature, veut que nous recherchions ces grandes choses dans toutes nos opérations. Cette poursuite ne saurait être frustrée, car, si la mort nous détruisait tout entiers, notre destinée serait manifestement inachevée. L'humanité aurait le droit de reproclier à Dieu contradiction et cruauté dans son œuvre, parce que, après avoir créé une activité aux besoins infinis, il la comprimerait dans les limites étroites d'une vie trop souvent malheureuse et dont le terme dans ce cas serait le plus 'grand malheur.
' Donc ou l'âme est immortelle ou Dieu n'est ni sage ni bon.
Il est clair enfin que cette survivance doit être illimitée dans sa durée, car le bonheur de la vie future ne se comprend qu'à la condition de durer toujours. S'il était accompagné même de la simple crainte d'en voir le terme, il perdrait tout son prix et se changerait en un tourment d'autant plus cr.uel que la perte serait plus grande et le terme plus proche. C'est ce que reconnaissait déjà Cicéron : Si arnitli vita heata potest, heata esse non polest (^).
(M Montesquieu, Essai sur le Goûl dans les choses de la Nature et de l'Art, § De la curiosité.
{') Pascal, Fragment d'un Traité du Vide, Édit. Havet, T. II, p. 270.
(') Cousin, Du Vrai, du Beau et du Bien, XVI« Leçon.
( *) Cicéron, De finibus bonorum et malorum, L. II, ^ XXVIi.