‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 461 sur 604 · LA CONTINGENCE DU MONDE · texte numérisé non relu

LA CONTINGENCE DU MONDE

A) Exposé de l'argument cosmologique : le monde physique est composé de substances contingentes, c'est-à-dire qui existent de telle façon qu'elles auraient pu et pourraient aussi bien ne pas être qu'être. En effet, le monde contient une pluralité d'êtres distincts. Or aucun de ces êtres n'a, en lui-même, sa raison d'être et par conséquent n'existe par lui-même. Tous sont relatifs les uns aux autres, car ils se conditionnent réciproquement. L'ensemble de ces êtres, qui constituent le monde, n'existe donc pas par lui-même ; par conséquent le monde est contingent.

Or des êtres contingents supposent un Être qui soit par lui-même, c'est-à-dire un Être nécessaire. En effet, il est impossible qu'il n'y ait que des êtres contingents, car toute chose doit avoir sa raison d'être. Or le contingent est ce qui de soi est indifférent à exister ou à ne pas exister ; donc s'il existe, c'est qu'il a trouvé, en dehors de soi, la raison de son existence. Par conséquent, à moins d'aller à l'infini, ce qui répugne, il faut arriver, en dernière analyse, à l'Etre qui soit de luimême, à l'Être A se, dont l'essence même soit d'être, c'est-à-dire à l'Être nécessaire, à Dieu ; car, comme dit Bossuet : « Qu'il y ait un seul moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera (^). »

B) Objections : I. — On a soutenu la possibilité d'une série d'êtres contingents ou causes secondes à Vinfini, dans l'espérance d'échapper par là à la nécessité d'une cause première, nécessaire, éternelle.

Réponse : a) S. Clarke {^) a très bien réfuté cette objection par plusieurs arguments. Si l'on considère séparément chacun des termes

(') Bossuet, De la connaissance de Dieu..., Ch. iv, § 5.

( ') S. Clarke, Démonstration de l'eodstence et des attributs de Dieu pour servir de réponse à Hobbes, à Spinoza et à leurs sectateurs.

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