‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 476 sur 604 · VALEUR DES PREUVES RATIONNELLES · texte numérisé non relu

VALEUR DES PREUVES RATIONNELLES

triction aucune, puisque c'est à propos de l'ordre surnaturel qu'il "la formule : Nihil potest ordùiari ad finem aliquem, nisi prseexistat in ipso qusedam proportio ad fineni (Quaest. disput., xiv, De Veritate). Je n'ai fait que traduire cette vérité essentielle et universelle en rappelant qu'en effet « rien ne peut entrer en l'homme qui ne corresponde en quelque façon à un besoin d'expansion », quelle que soit d'ailleurs l'origine ou la nature de cet appétit {}). » La méthode d'immanence a pour point de départ l'expérience psychologique, morale, religieuse ; elle prétend montrer que l'action humaine implique l'existence d'un être transcendant, qui est postulé par toutes les aspirations de l'âme humaine. Les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu sont objectivement insuffisantes, car la pensée est conditionnée par l'action, et la vie ne consiste pas seulement à penser logiquement, mais aussi à agir. C'est pourquoi « la certitude [de l'existence de Dieu] qu'on peut avoir et qu'on doit avoir est une certitude qu'on acquiert par un effort de l'âme tout entière, et non seulement en raisonnant, mais en vivant et en agissant » {^). B) Réponse. — Les partisans de l'apologétique traditionnelle soutiennent au contraire, avec raison, que les preuves rationnelles de l'existence de Dieu sont de soi suffisantes. Sans doute, certaines dispositions morales de sincérité et de probité sont requises pour que leur valeur probante soit perçue ; il y faut un effort de bonne volonté ; mais, selon eux, cet effort de l'âme consiste à écarter tout ce qui peut offusquer la perception de la vérité, action négative que l'École appelle removens prohibens (^). Pour les partisans de la méthode d'immanence cet effort de l'âme ajoute aux procédés de démonstration quelque chose qui complète leur insuffisance objective. Bref, par rapport à l'adhésion que l'esprit donne, par exemple, à l'existence de Dieu, l'effort moral de l'âme joue, selon les premiers, le rôle de condition, qui enlève les obstacles à la perception de la valeur des arguments rationnels, lesquels sont en soi efficaces ; pour les seconds, il remplit la fonction de cause, qui complète ce qu'il y a d'insuffisant dans ces arguments spéculatifs. Les premiers acceptent aussi la preuve de l'existence de Dieu, qui repose sur le fait des aspirations de l'âme vers le bien absolu et par conséquent fait appel à la dialectique de V action et de V amour ; mais, pour être concluante, cette dialectique doit s'appuyer sur celle de la raison, c'està-dire présupposer la valeur ontologique des principes de la raison : sans ce point d'appui, la preuve morale manque de base et de solidité. Le tort des défenseurs de la méthode d'immanence est donc de la présenter

(M M. Blondel, Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'Apologétique, p. 28, Paris, 1896.

{') L. Laberthonnière, Essais de Philosophie religieuse, p. 86, note, Paris, 1903. («) Cf. T. I, Psychologie, n» 183, § A, I , b, p. 324.

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