‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 489 sur 604 · AMOUR, BONTÉ, VÉRACITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

AMOUR, BONTÉ, VÉRACITÉ DE DIEU

Il aime chacun en proportion de sa valeur, c'est-à-dire de son degré de perfection. Mais, comme les divers degrés de perfection des êtres sont des dons dq Dieu et des imitations de son essence, tout ce qu'il y découvre en eux de perfection et par conséquent d'aimable est un reflet de sa perfection infinie.

B) — La perfection de l'amour divin implique la Béatitude, la Bonté, la Sainteté et la Justice infinies :

10 Béatitude : le bonheur consiste dans la possession assurée et adéquate du bien pour lequel on est fait. Ici-bas, tout amour est plus ou moins souffrant, parce qu'il est plus ou moins séparé de son objet. Mais, comme Dieu se connaît et s'aime éternellement et infiniment, il a la possession pleine et immuable de ce qui est l'objet de sa pensée et de son amour, c'est-à-dire de ses perfections infinies ; il jouit donc d'une félicité sans bornes.

2^ Bonté : l'amour heureux et satisfait engendre la bonté, qui consiste à vouloir et à faire du bien aux autres. Celui qui possède le bien aime à le répandre autour de lui : Bonum est sui diffusivum. Aussi l'apôtre saint Jean a-t-il pu dire de Dieu : Deus caritas est (^). Cette définition, encore que nécessairement incomplète, puisque la perfection divine est inépuisable et incompréhensible, est la plus belle peut-être, parce qu'elle implique les précédentes et les couronne. C'est d'ailleurs la plus populaire, car pour l'humanité Dieu est avant tout le bon Dieu.

30 .Sainteté : elle suppose l'absence du mal et la présence du bien moral à un degré éminent. C'est la splendeur de l'ordre dans l'amour : Ordo amoris (S. Augustin). Or Dieu est le bien souverain, il ne peut ni aimer ni vouloir le moindre mal ; il est donc la sainteté infinie.

40 Justice : c'est une vertu qui dispose à rendre à chacun son dû ; elle implique le respect de l'ordre qui demande que toute cliose soit à son rang et à sa place. Or Dieu, étant infiniment sage, veut que l'ordre essentiel des choses, qui en définitive repose sur son essence (Mgr. 46, § B) soit fidèlement observé : Ratio divina vel voluntas Dei ordinem naturalem conservari jubens, perturbari vetans (^).

Sans doute Dieu, à parler en rigueur, ne doit rien à ses créatures, puisqu'elles ont tout reçu do lui gratuitement et qu'il doit rester absolument indépendant, sous peine de n'être plus parfait. Cependant Dieu se doit à lui-même d'agir envers tous suivant sa sagesse infinie. D'où les conséquences suivantes : a) Dieu ne peut ni ne veut rien exiger des créatures libres qu'en proportion de ses libéralités. — b) Il peut et veut établir un accord parfait entre le mérite et le bonheur, entre le démérite

(M s. Jean, I EpisL, IV, 8. '

(') S. Augustin, Contra Fauslum, L. XXII, C. xxvii.

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