LE CRÉATIONNISME : OBJECTIONS ET RÉPONSES
prête à une équivoque, assez grossière d'ailleurs, déjà signalée par saint Thomas. L'idée, qu'on veut rendre par ces mots ex nihilo^ n'est pas que le monde a été tiré du néant par Dieu, comme un artiste tire une statue d'un bloc de marbre. Le mot ex n'indique donc pas la cause matérielle, comme si le néant était la matière première de la création ; il signifie simplement un rapport de succession : l'ordre dans lequel l'existence du monde a fait place à sa non-existence : « Dicendum quod... hœc propositio ex non désignât causam materialem, sed ordinem tantum ; sicut cum dicitur : ex mane fit meridies, id est, post mane fit meridies ( ^). » Il y aurait contradiction à admettre que le néant devienne quelque chose, c'est-à-dire se transforme en ce qui en est la négation ; mais il ne l'est pas d'admettre un commencement absolu, c'est-à-dire qu'une chose qui n'était pas commence d'être, si l'on peut assigner une cause à ce commencement. Or on le peut, car on ne saurait invoquer contre la création le principe de causalité.
2° Principe de causalité. — On ne prétend pas que le monde soit sorti du néant comme de sa cause, qu'il ait été fait par rien. Nous assignons à Vejjet : monde une cause suffisamment proportionnée, puisqu'elle est infinie. Le principe, qui veut qu'il n'y ait pas d'effet sans cause, est donc respecté.
3° Principe de substance. — Il exige que ce qui est accidentel, ce qui n'est pas en soi, existe en ce qui est en soi, dans une substance. Il ne demande pas qu'une substance existe dans une autre substance, car ce serait demander que ce qui est en soi ne soit plus en soi, mais devienne une modification d'une autre substance, ce qui est contradictoire. Or les êtres qui composent le monde sont des substances, des êtres en soi.
40 Principe de finalité. — On ne peut enfin invoquer contre la création le principe de finalité, car la création, étant un acte de la volonté toutepuissante de Dieu, a, comme tout acte volontaire, un motif. Comme l'Être infini n'a besoin de rien ni de personne, il n'a pas créé par nécessité, mais par libre choix. Sans doute. Dieu, bonté souveraine, est porté à faire du bien à d'autres êtres. Mais cette inclination n'est point nécessitante pour Dieu, puisque, se suffisant pleinement à lui-môme, les créatures ne sont pas essentielles à son bonheur. Cependant, comme l'acte créateur est une libre manifestation de la bonté divine, Dieu a dû, en créant, avoir en vue le bien de ses créatures. L'acte créateur est essentiellement un acte inspiré par l'amour : « C'est parce que Dieu est bon, dit saint Augustin, que nous existons. » Quia enim bonus est [Deas], suimis ^
(M S. Thomas, Surnma Iheologica, I^ P., Q. XLV, Art. I, ad tcrtium. ( -) S Augustin, De Docirina chrisliana, L. I, C. xxxii.