‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 507 sur 604 · B. — OBJECTIONS ET RÉPONSES · texte numérisé non relu

B. — OBJECTIONS ET RÉPONSES

Créer, c'est produire quelque chose sans matière préexistante. Cette conception, comme tout ce qui se rapporte à l'infini, renferme pour notre raison bornée un mystère véritable {^), car, de tous les modes d'opération qui nous sont familiers, nous n'en connaissons aucun qui ressemble à l'action créatrice : l'homme a toujours besoin d'une matière préexistante. De là Fadage : Ex nihilo nihil. Mais n'oublions pas que nous sommes enveloppés de mystères, dont nous sommes sans cesse contraints d'avouer l'existence, soit qu'il s'agisse de mystères absolument inaccessibles à l'esprit humain, comme tout ce qui regarde l'abîme insondable des perfections divines, soit qu'il s'agisse des mystères relativement inaccessibles qui concernent la nature et l'essence des choses créées. Ces mystères s'imposent à l'esprit : ils sont au-dessus de la raison, mais ils ne sont pas contre la raison. C'est dire que la raison doit les admettre et qu'elle le peut sans se renier elle-même, car, s'ils sont incompréhensibles, ils ne sont pas contradictoires. Montrons donc qu'on ne peut légitimement opposer à la création aucun des principes qui régissent la raison.

10 Principe d'identité et de contradiction. — On oppose d'abord l'axiome : Ex nihilo nihil fieri. Il est contradictoire que de rien on tire quelque chose, que le néant devienne l'être, car c'est dire et que le néant est le néant, et qu'il n'est pas le néant, puisqu'on en dégage quelque chose.

Réponse : il faut reconnaître que l'expression ex nihilo nihil fieri

(M On connaît la belle page de Pastkur sur l'infini : « Au (leK\ rie cette voûte étoilée i|u'y a-t-il ? De nouveaux eieux étoiles. Soit, lui au delà ?... 11 ne sert de rien de répondre : au delà sont des espaces, des temps ou des grandeurs sans limites. Nul ne comprend ces paroles. Celui qui proclame l'existence de l'infini, et personne ne peut y échapper, accumule dans cette affirmation plus de surnaturel qu'il n'y en a dans tous les miracles de toutes les j;eligions, car la notion de l'infini a ce double caractère de s'imposer et d'être incompréhensible... " (niscouVs de réception à l'Académie française, 27 avril 1882).

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