‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 516 sur 604 · A. — PREUVES · texte numérisé non relu

A. — PREUVES

l. — Preuve a priori : si Dieu ne dirige pas le monde, c'est qu'il ne le veut, ne le peut ou ne le sait pas. Or cette supposition répugne à sa Bonté, à sa Puissance et à sa Sagesse infinies.

IL — Preuve a posteriori : elle est tirée de V ordre physique, moral et social :

A) Ordre physique. — Au milieu des irrégularités et des désordres apparents nous remarquons une harmonie, une constance merveilleuse, notamment dans les actes instinctifs des êtres dénués de raison. Cette harmonie et cette constance ne peuvent s'expliquer que par l'action d'une raison supérieure. Si l'ordre du mouvement dans son existence manifeste l'existence de l'esprit qui le créa, il manifeste non moins par sa constance l'intervention continuelle de cet esprit créateur.

(') Cf. Palmieri, Institutiones philosophicœ, T. III, Theologia, Thesis XLI, p. 247.

B) Ordre moral. — Si le monde et les êtres irraisonnables qu'il renferme sont régis par des lois fatales, le monde moral, qui comprend les êtres doués de raison, est gouverné par la loi du devoir. La Providence préside aux actes libres de l'homme et le conduit à sa destinée immortelle, en dirigeant sa conscience au moyen de la loi morale, manifestation de la volonté divine qui commande le bien et l'approuve, prohibe le mal et le condamne.

C) Ordre social (^). — On peut tirer une autre preuve de l'action providentielle, en considérant l'histoire des peuples, leur civilisation et leur décadence, leurs succès et leurs revers. L'histoire de l'humanité témoigne de la direction imprimée au cours des événements par la Sagesse divine. Dans l'ensemble, l'humanité progresse : progrès matériel et économique, progrès scientifique, progrès moral (Morale, 115). Or ce progrès ne peut s'expliquer sans l'intervention d'une intelligence et d'une volonté transcendantes, parce qu'il s'accomplit, malgré les passions et les intérêts qui lui font obstacle. Il faut donc admettre qu'un Etre supérieur à l'homme coordonne l'ensemble des efforts et, en dépit des divergences, les fait concourir, en respectant la liberté, à un plan conçu d'avance, car suivant le mot de Fénelon : « L'homme s'agite et Dieu le mène. » (Logique, 103, B, III). Cependant il faut convenir qu'à moins d'une révélation on ne saurait découvrir sûrement la nature et le développement du plan divin.

Page 1