‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 523 sur 604 · I. — OPTIMISME ABSOLU · texte numérisé non relu

I. — OPTIMISME ABSOLU

C'est la thèse soutenue par Malebranche et par Leibniz.

A) D'après Malebranche, Dieu a tout créé pour sa plus grande gloire. Le monde fait donc éclater cette gloire au plus haut degré possible. Dieu agit toujours par les voies les plus simples et les plus générales, et il a mis dans le monde toute la perfection compatible avec cette condition. Dieu aurait pu, par des « volontés particulières », empêcher tel ou tel mal ; mais il ne l'a pas fait, parce que la simplicité et la généralité des moyens employés dans une œuvre sont, un signe certain de la perfection de l'auteur. Dieu aurait donc dérogé aux conditions de la perfection, s'il avait agi par des volontés particulières, au lieu de s'en tenir à des volontés générales. Dieu d'ailleurs ne veut pas le mal, mais il le permet comme lié au plus grand bien possible.

Unissant la théologie à la philosophie, Malebranche en appelle à l'Incarnation. L'union du Verbe à la nature humaine élève la création à un degré de perfection digne de Dieu. Aussi le Fils de Dieu se serait-il incarné, quand même le premier homme n'aurait pas péché.

B) Selon Leibniz, Dieu conçoit la possibilité d'une infinité de mondes différents les uns des autres par leur degré de perfection. Étant infiniment intelligent et puissant, il connaît le meilleur de tous ces mondes et peut le réaliser. Mais, si pouvant créer le meilleur, il en préférait un autre moins parfait, ce choix serait contraire :

10 A sa sagesse^ car il n'aurait pas de raison d'être, puisqu' « il ne serait pas possible de rendre raison pourquoi les choses sont allées plutôt ainsi qu'autrement « (^).

2° A sa bonté., u car d'avancer qu'il sait ce qui est meilleur, qu'il le peut faire et qu'il ne le fait pas, c'est avouer qu'il ne tenait qu'à sa volonté de rendre le monde meilleur qu'il n'est ; mais c'est ce qu'on appelle manquer de bonté » (^). Donc Dieu a dû créer le meilleur des mondes possibles.

Mais, il faut le bien remarquer, ce monde meilleur que Dieu a créé, c'est le meilleur par rapport à l'ensemble des choses et non au regard des détails ; c'est le meilleur non par rapport à* chaque espèce d'êtres ou à chaque astre, mais au regard de tout l'univers ; c'est le meilleur non par rapport à l'univers tel qu'il est actuellement, mais tel qu'il devient dans son évolution indéfiniment progressive. Pour en juger équitablement, il ne faut donc pas l'envisager à un moment de sa durée, mais. dans toute l'ampleur de son développement : « Quel-

(') Leibniz, Principes de la nature el de Jn grâce fondés en raison, § 10. ( ') Leibmz, Essais de Théodicée nur la bonté de liieu, la liberté, de llxomme et l'origine du mal, II' P., § 19/1.

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qu'un dira qu'il est impossible de produire le meilleur, parce qu'il n'y a point de créature parfaite et qu'il est toujours possible d'en produire une qui le soit davantage. Je réponds que ce qui peut se dire d'une créature ou d'une substance particulière, qui peut toujours être surpassée par une autre, ne doit pas être appliqué à l'univers, lequel, se devant étendre par toute l'éternité future, est un infini (^). »

Dieu a donc réalisé le monde où il y a la plus grande somme possible de biens. Il renferme cependant une certaine quantité de maux, parce que le monde étant créé est nécessairement imparfait. Ces mau.x: dont on se plaint sont la conséquence forcée des lois les plus sages que Dieu pouvait établir, avec le minimum d'inconvénients. Les créatures les plus utiles ne vont pas sans quelques effets fâcheux : vg. le feu, qui rend tant de services, peut causer des incendies. Un autre ordre de choses aurait entraîné de plus graves imperfections.

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