II. OPTIMISME RELATIF
C'est la doctrine de saint Anselme, de saint Thomas, de Bossuet, de Fénelon, etc. Ils soutiennent que le monde n'est pas absolument, mais relativement parfait.
Voici quelques objections contre l'Optimisme absolu :
1° L'Optimisme absolu suppose que Dieu ne peut vouloir que ce qui est meilleur en soi. Cette supposition détruirait la liberté divine {^).
2° Bien plus, si Dieu devait créer le meilleur des mondes, il n'en pourrait créer aucun, car si parfait qu'on le suppose, comme il est fini, on peut toujours en concevoir un meilleur. L'hypothèse leibnizienne de la perfectibilité indéfinie du monde ne prouve donc rien, parce que, si parfait que devienne l'univers par un progrès continu, il y aura toujours place pour une perfection plus grande. Il ne sera donc jamais le plus parfait possible.
?>^ Au point de vue moral, l'Optimisme absolu rend la vertu inutile et le progrès impossible. Si le monde est le meilleur possible, on ne peut lui souhaiter ni corrections ni perfectionnements. La souffrance et le crime sont justifiés et inévitables, puisqu'ils font partie intégrante et nécessaire d'une œuvre parfaite. A quoi bon essayer d'améliorer cette œuvre ? Ce serait folie et sacrilège (^).
( M Leibniz, Essais de Théodicée..., II' P.. § 195. — Cette réponse de Leibniz est insuffisante ; si elle prouvait quelque chose, elle prouverait qu'un tel monde est infini en durée, mais non pas qu'il a toutes les autres perfections au plus haut degré possible.
( ') Leibniz essaie d'échapper à celte difficulté par une distinction : ■< ...Mélaphysiquemenl parlant, il [Dieu] pouvoil choisir ou faire ce qui ne fût point le meilleur ; mais il ne le pouvoit point moralement parlunt. » {Théodicée, 11° P., § 234).
( ') Cette objection ne vaut pas contre l'Optimisme de Leibniz, puisqu'il suppose le monde toujours en train de se perfectionner.