‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 54 sur 604 · MORALE SOCIOLOGIQI'E : RÉPONSE AUX REPROCHES · texte numérisé non relu

MORALE SOCIOLOGIQI'E : RÉPONSE AUX REPROCHES

très limitée. Sur ce point les aveux de Durkheim sont très explicites : (( C'est de la société et non du moi que dépend la morale. Et sans doute il arrive très souvent que nous sommes obligés de prendre un parti sur ces questions [de morale] sans attendre que la science soit assez avancée pour nous guider : les nécessités de l'action nous font souvent une nécessité de devancer la science. Nous faisons alors comme nous pouvons, remplaçant la science méthodique, qui est impossible, par une sommaire, hâtive, complétée par les inspirations de la sensibilité {^). « Voilà donc où aboutit tout cet effort scientifique : à une morale de mandarins intellectuels ! Cette élite elle-même est souvent dans l'embarras et, pour en sortir, elle est réduite à se fier aux suggestions trompeuses de la sensibilité Durkheim est loin du but poursuivi : « Tous mes efforts tendent précisément à tirer la morale du subjectivisme sentimental où elle s'attarde, et qui est une forme ou d'empirisme ou de mysticisme, deux manières de penser étroitement parentes {^). »

D'après les promoteurs eux-mêmes de la Morale scientifique, l'humanité devra attendre longtemps encore avant qu'elle soit constituée. Mais, pour la faire patienter, on lui promet des merveilles : « Dans un avenir qu'il nous est à peine permis d'entrevoir, ces sciences [les sciences sociologiques] seront assez avancées pour rendre possibles des applications. Des arts rationnels apparaîtront, donnant à l'homme un pouvoir sur la nature « sociale )^ analogue, sinon égal, à celui qu'il exerce déjà sur la nature « physique ». Nous en voyons quelques commencements, encore faibles, en pédagogie, par exemple, et en économie sociale. Dans l'intervalle, notre société continuera de vivre avec la morale qui lui est propre (^). »

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