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ITILITÉ DE LA SCIENCE DE LA MORALE

On a pourtant contesté l'utilité de la morale comme science. A quoi bon, «lit-on, exposer théoriquement les principes de la morale ? Possède-t-on la morale parce qu'on en sait les principes ? Ce n'est pas la théorie qui rend les hommes vertueux, c'est la pratique. L'homme de bien n'est pas nécessairement celui qui est le mieux instruit de ses devoirs, car on rencontre même des moralistes qui agissent mal, mais celui qui agit toujours d'après les inspirations de sa conscience.

B) Réponse : sans doute rien ne remplace pratiquement l'influence de la religion, de l'éducation, de l'effort personnel, de l'exemple pour développer la vertu. Cependant la science de la morale est utile :

I. — Connaître le devoir c'est déjà être mieux disposé à l'accomplir, car l'idée de toute action est une force qui tend à se réaliser. Penser fortement à l'honnête, c'est en commencer la réalisation.

II. — Sans doute Socrate et Platon exagéraient en faisant de la vertu la science du bien (50) ; mais la science du bien est la condition nécessaire de la pratique du bien, car Nihil volitum nisi prsecognitum (Ps. 195). « Toute la dignité de l'homme, dit Pascal avec quelque exagération, est en la pensée (^). » Une étude réfléchie des principes moraux leur donne une plus grande fixité dans l'esprit et leur communique par là même une efficacité plus décisive sur les résolutions pratiques de la vie. La conduite y gagne en vigueur et en unité. Ce sont les principes fermes qui font les caractères décidés.

III. — Parfois les passions et les préjugés peuvent .obscurcir la notion du devoir. Il est aussi des cas compliqués où, même pour un esprit cultivé, il est plus difficile de savoir où est le devoir que de l'accomplir. Alors les lumières d'une conscience naturellement droite ne suffisent plus. Une connaissance nette des principes moraux et de leurs conséquences plus ou moins éloignées est nécessaire pour mettre fin au conflit apparent des devoirs (57).

IV. — La science morale, en nous apprenant à réfléchir sur les motifs de nos actions, nous aide à les mieux diriger, et par conséquent à en augmenter le mérite, car l'intention morale est l'élément principal de la moralité (14).

Conclusion : nous avons vu que rien ne peut suppléer la logique naturelle, mais qu'elle est insuffisante pour les questions complexes : de là l'utilité des règles de la logique pour bien raisonner (LoG. 137, § C). De même, pour bien agir, il faut avant tout la rectitude naturelle de la conscience morale et la droiture d'intention, qui se rencontrent chez l'ignorant. Mais cette connaissance rudimentaire des règles morales ne suffit plus pour résoudre les cas de conscience délicats. La science de

(M l'Asr.Ai,, Penaéee, art. XXIV, n. 53. Les références se rapportent à l'Edition Havet, Paris, 18CG».

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