MORALE DE LA BIENVEILLANCE DE HUTCHESON
A) Exposé : les hommes ayant une inclination naturelle à vouloir du bien à leurs semblables, tout ce qui satisfait ce sentiment est bon, d'après Hutcheson (1694-1747), philosophe écossais ; tout ce qui le contrarie est mauvais. Le devoir qui résume tous les autres, c'est l'amour des hommes, le dévouement (*). L'instinct de la bienveillance est donc le principe de la morale.
(M Cousin, Du vrai, du beau et du bien, Xlll' Leçon.
( ') A. Comte, Cours de philosophie positive. Système de philosophie positive. — Thamin, Education et Positivisme. — H. Gruber, Auguste Comte.
(') Système de Politique positive : Conclusion générale du Discours préliminaire, T. I, p. 361, Paris, 1890.
( *) Hutcheson, Système de philosophie morale. Recherches sur les idées de beauté et de vertu. Hutcheson avait été précédé dans cette tentative de réaction contre la morale égoïste de HoBBES, par Shaftesbury (Recherches sur la vertu). — Cf. Jouferoy, Cours de droit naturel, XI X« Leçon.
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B) Critique : la morale de la bienveillance est incomplète, car :
10 Elle omet les devoirs de l'homme envers soi et envers Dieu.
2» Tous les devoirs envers autrui ne sont pas réductibles à la bienveillance : vg. les devoirs de justice. Quand on doit de l'argent à quelqu'un, on ne fait pas un acte de charité en le lui rendant.
30 Elle ne peut fonder aucun devoir, pas même ceux de charité, car la bienveillance n'est qu'un sentiment ; or le sentiment ne se commande pas. On ne peut obliger les hommes à éprouver de la bienveillance ou à l'éprouver plus fortement qu'un sentiment intéressé, si en fait ils ne l'éprouvent pas ou l'éprouvent peu.