‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 88 sur 604 · B. - CRITIQUE · texte numérisé non relu

B. - CRITIQUE

Cette morale a des côtés élevés et elle a exercé dans l'antiquité une bienfaisante influence : le Stoïcisme a été, surtout à l'époque des empereurs romains, une école de courage et de caractère. Les Stoïciens combattirent l'omnipotence de l'État, préconisée par Platon et par Aristote, en revendiquant les droits de l'individu. Ils entrevirent l'iniquité de l'esclavage et montrèrent que les hommes, ayant même raison, devaient être traités également. Mais après les qualités, voici les défauts :

I. — La vertu ne peut être le souverain bien, parce que, à toute tendance, à la volonté, par conséquent, il faut une fin distincte d'ellemême. La volonté n'est bonne et vertueuse qu'autant qu'elle se conforme au bien en soi, au bien absolu. La vertu, qui est le bien, morale n'est que la conséquence de la conformité de l'activité volontaire au bien en soi : elle ne saurait donc être la fin de cette activité.

IL — Le Stoïcisme nie la liberté, puisqu'il la réduit à comprendre et à accepter la nécessité inévitable des événements réglés par Dieu qui est l'âme du monde : Parère Deo libertas est (Sénèque). Or une morale sans liberté n'est pas une morale.

III. — Cette morale aboutit à des conséquences paradoxales que rejette le sens commun, car : a) Le plaisir, la douleur ne sont pas chose indifférente. — b) Il y a des degrés dans le vice et dans la vertu. — c) La vertu n'est pas à elle-même sa récompense, puisque le sage n'est pas nécessairement heureux ici-bas ; l'immortalité de l'âme est donc une sanction nécessaire de la morale.

IV. — Cette doctrine est inhumaine et impraticable, car elle demande d'étouffer la sensibilité et les passions au lieu de les diriger et de les faire servir au bien rationnel comme force impulsive.

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