‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 87 sur 604 · LA MORALE STOÏCIENNE (i · texte numérisé non relu

LA MORALE STOÏCIENNE (i

§ A. — EXPOSÉ

L — Souverain bien : la vertu. — La morale stoïcienne a subi bien des métamorphoses depuis Zenon, Cléanthe, Chrysippe (m® siècle avant Jésus-Christ) jusqu'à Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle. L'idée qui persiste à travers ces changements et domine tout le Stoïcisme, c'est que le souverain bien, l'unique bien, c'est la vertu elle-même. De là, plusieurs conséquences qu'on a nommées les paradoxes stoïciens (2) :

1° La vertu étant l'unique bien, en dehors d'elle, tout est indifférent : plaisir, douleur, richesse, réputation, santé, vie, mort.

20 La vertu étant un absolu, un extrême, il n'y a pas de milieu entre le bien et le mal. Toutes les fautes sont égales comme tous les actes bons : le vice et la vertu n'admettent pas de degré.

3° La vertu est elle à elle-même sa propre récompense : Tirtutis prœmium ipsa virtus (Sénèque).

(') Ed. Zeller, Die Philosophie der Griechen, III» volume, I" P. — F. Ravaisson, Essai sur le Stoïcisme. — F. Ogereau, Essai sur le système philosophique des Stoïciens, Ch. VII, VIII. — ScnopENH.\UER, Le monde comme volonté et comme représentation, L. I, § 16. — R. Th.vmin, l'n problème moral dans l'antiquité. — C. Martha, Les moralistes sous l'empire romain. — Fonsegrive, Essai sur le libre arbitre, l" P., L. I, Ch. v. — J.-A. Chollet, La morale stoïcienne.

( ') CicÉROx, Parado.xa.

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II. — Essence de là vertu : la vertu consiste à vivre conformément à la nature ; /r,v ôaoÀoyoutjLsvo); tt- cpû^si. C'est là une formule équivoque, car les Stoïciens donnent des sens différents au mot nature. Aussi a-t-elle donné lieu à des interprétations diverses de la part de Zenon, de Cléantlie et de Ghrysippe (^).

La nature d'un être dépend essentiellement de ce qui lui est propre ; or la caractéristique de l'homme, c'est la raison. C'est pourquoi pour l'homme, vivre conformément à la nature, ce n'est pas suivre la sensibilité, mais la raison : Zrjv ôaoÀoyoKac'vo); rw Xô-'w. Comme la raison n'existe pas seulement en nous, mais encore chez les autres hommes et dans tout l'univers, dont Dieu est l'âme, vivre conformément à la raison :

a) C'est d'abord mettre l'ordre et la logique dans sa vie (ôaoXovia) ; c'est être d'accord avec soi-même. Le sage doit « vouloir par raison, pour l'ordre et la beauté qui y régnent, ce que la nature poursuit par instinct ». Le souverain bien c'est donc la force de la volonté tendue à travers toute la vie pour faire de toutes les pensées, paroles et actions un tout harmonieux. Summum honum vita sihi concors.

b) C'est ensuite vivre en harmonie avec nos semblables. La raison étant identique chez tous les hommes, ils sont égaux, ils sont frères : Homo res sacra homini. Ils doivent donc s'entr'aimer. Aussi l'esclavage est-il blâmable.

c) C'est enfin vivre en harmonie avec tout l'univers. Le sage doit se soumettre aux lois immuables de la nature, se résigner au destin qui la gouverne ; car l'âme qui anime et régit le monde, c'est Dieu, c'est la raison divine. Le sage ne connaît pas les distinctions de famille, de cité, de patrie : il est citoyen de V univers.

III. — Obstacle à la vertu : c'est la passion. La passion est pour eux un mouvement contraire à la raison et à la nature. "AXoyoç xal r.'xÇoL '^,J7tv 'W/ri^ yJ.^Yt'Ji; ("). La première condition de la vertu c'est d'étouffer la passion pour arriver à l'impassibilité (àTràOsia). De là cette maxime d'Épictète : 'Avé/ou xai a::é/ou. Supporte et abstiens-toi. Supporte, c'est-à-dire sois fort contre le plaisir, sois courageux contre les passions ; reste calme dans l'adversité comme dans le bonheur. Abstiens-toi, c'est-à^ire ne recherche pas ce qui ne dépend pas de toi. Tout se fait d'après les lois d'une intelligente nécessité. Laisse donc faire la Providence immanente à la nature, car il est inutile et sacrilège de vouloir résister à la force des choses, comme dit Sénèque le tragique :

Durunt volentem fata, nolentem trahunt.

Et ainsi tu arriveras à la véritable sagesse, à l'insensibilité.

( ') Stobée, Edogse physicse et elhicœ, L. II, C. vu.

( *) UiooÈNF. Laërck. Vies dea philosophes, L. VII, 110. — Cf. Cicéron, Qusest. iuscuL., IV, <i.

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