‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 90 sur 604 · LA MORALE FORMELLE DE KANT C · texte numérisé non relu

LA MORALE FORMELLE DE KANT C

§ A. — EXPOSÉ

On peut ramener à quatre points principaux ce qu'il y a d'essentiel dans la morale de Kant : 1° Existence d'une loi morale pour l'homme et ses conséquences. 2° Nature du devoir. ?fi Condition de la moralité. 40 Formules de la loi morale.

I. — Existence d'une loi morale et ses conséquences : Kant fait reposer la morale sur un « fait de raison », une donnée primitive : l'existence du devoir. Nous avons conscience du devoir, -c'est-à-dire d'une loi qui commande ce qui doit être, sans égard à ce qui a été, est ou sera. Aucun fait ne pourrait prévaloir contre cette idée qui nous commande. Son commandement est catégorique. Seule l'idée du devoir a une valeur objective absolue. Or l'idée du devoir implique trois autres vérités qui en sont les conditions : la liberté, V immortalité de Vàme. Vexistence d'un Dieu rémunérateur (Cf. Métaphysique, Introduction, 6, §B, C).

II. — Nature du devoir : en quoi consiste le devoir ? Pour le savoir on peut procéder de deux manières. Ou bien on déterminera le devoir d'après la nature d'un bien antérieurement conçu, qui lui servira de fondement. Ce bien en soi, ce bien absolu est la fin dernière de l'homme et le principe de la morale. Alors la valeur morale des actions dépend de leur conformité à ce bien souverain ; elle dépend donc de leur objet, do leur matière. C'est la voie suivie par les moralistes qui ont précédé Kant. Ou bien on partira de la forme, c'est-à-dire du commandement considéré en lui-même, indépendamment de tout bien en soi qui en serait la matière et le contenu. C'est la méthode adoptée par Kant. D'après Kant, le devoir est un absolu qui ne suppose rien au-dessus de lui ; lui donner le bien pour fondement, ce serait en faire un impératif relatif et hyi)()thétique, et dire à l'homme : fais ceci si tu veux obtenir ce bien et réaliser cet idéal. Le devoir a en lui-même sa raison suffisante ; il n'y a donc pas de bien en soi antérieur au devoir. C'est pourquoi le devoir doit se définir : « la nécessité d'obéir à la loi par respect pour la

(') Kant, Critique de la raison pratique. Fondements de la mélajihysique des 7nœur$, — Cf. BouTKOux, La morale de Kant. dans la Revue des Cours et Conférences, n° du 21 Fév. 1901 et n"' sqq. — Th. Desdouits, La philosophie de Kant, I" P.. Il'Sect. ; 11'= P., 11 •• Sect. — SCHOPENHAUER, Fondement de la morale, Ch. II. Le monde comme volonté et comme représentation, L. I, § IG. — Th. Ruyssen, Kant. — Th. Pesch, Le Kantisme e\ ses erreurs. — A. Cresson, La morale de Kant. — Jouffuoy, Cours de droit naturel. Leçons XXVI, XXVII. — Fouillée, Critique des systèmes de morale contemporains, L. IV. Le moralisme de Kant et Vamoralisyne contemporain. — V. Delbos, La Morale de Kant, en tête (lo la traduction des Fondements de la Métaphi/sique des mœurs, p. 21-00.

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