‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 91 sur 604 · LA MORALE FORMELLE DE KANT : EXPOSÉ · texte numérisé non relu

LA MORALE FORMELLE DE KANT : EXPOSÉ

loi », et non pas la nécessité morale de faire le bien. Aussi une action n'est pas obligatoire parce qu'elle est bonne ; elle est bonne parce qu'elle est obligatoire. Tel est le formalisme moral de Kant.

III. — Condition de la moralité : la bonne volonté. De la notion du devoir ainsi comprise découle la manière de le remplir. Tout dépend de l'intention qui fait la valeur morale des actes : c'est la bonne volonté. Il faut étudier ce que Kant entend par là :

a) Sa nature : soit un ordre à accomplir, qui se présente à ma conscience comme catégorique. J'exécuterai cet ordre, ou bien pour obtenir l'avantage qui en résulte, ou bien uniquement pour obéir à la loi. Dans les deux cas la matière de l'acte est la même ; mais leur valeur est bien différente. Dans le premier, l'action n'est pas bonne moralement, elle n'est pas mauvaise non plus : elle est légale, c'est-à-dire matériellement conforme à la loi. Dans le second, elle est morale. La bonne volonté, c'est donc la volonté de faire le devoir parce que c'est le devoir, d'obéir à la loi par respect pour la loi.

b) Sentiment de respect qui l'accompagne : obéir à la loi par amour pour la loi, ce ne serait pas, selon Kant, agir moralement, car ce serait attendre quelque satisfaction de son obéissance. C'est pourquoi Kant bannit tous les bons sentiments qui pourraient nous aider à pratiquer le devoir, parce que ce serait rendre son observation intéressée (37, § G). Un seul sentiment a trouvé grâce devant lui : c'est le sentiment de respect, parce que le respect n'est pas un sentiment agréable, il exerce une certaine contrainte sur nos penchants inférieurs. (9, § II).

c) Son autonomie : qu'est en elle-même la bonne volonté ? Elle est autonome, elle porte en elle-même la loi à laquelle elle obéit ; elle la pose et se l'impose. La volonté est à elle même sa propre fin, c'est une fin en soi. Si la loi morale nous était imposée du dehors par un Dieu tout-puissant, la volonté ne pourrait s'y soumettre que par crainte, amour ou intérêt : or l'obéissance due à de tels motifs n'est pas morale. De plus, toute doctrine qui fait dépendre la volonté d'une fin autre que la volonté même, est une doctrine d'esclavage, une hétéronomie.

d) Sa valeur : « Il n'y a qu'une seule chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restriction, c'est une bonne volonté », c'est-à-dire la volonté raisonnable et libre. Elle « ne tire pas sa bonté de ses effets ou de ses résultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel but proposé, mais seulement du vouloir, c'est-à-dire d'elle-même... Quand ses plus grands efforts n'aboutiraient à rien..., elle brillerait de son propre éclat, comme une pierre précieuse, car elle tire d'elle-même toute sa valeur. L'utilité ou l'inutilité ne peut rien ajouter ni rien ôter à cette valeur (^). » C'est

( ') Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Sect. I, p. 13 (trad. Barxi).

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