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DE LA SYMPATHIE

Si on met d'accord de'ux instruments, une note donnée par l'un vibre à l'unisson sur l'autre. Il en va de même des âmes; elles vibrent à l'unisson. C'est un fait qu'on remarque déjà chez les enfants, qui sourient ou pleurent quand ils voient sourire ou pleurer. Les hommes sont naturellement encKns à se réjouir du bonheur des autres et à souffrir de leurs souffrances :

Ut rideiitihus arrident, ita flentibus adflent Humani çultiis. (Epist. ad Pisones).

Notre sympathie fait naître aussi la sympathie de l'âme joyeuse ou souffrante qui a provoqué la nôtre : c'est la sympathie par contagion. Cette première forme de la sympathie existe même chez les animaux : vg. une meute de chiens aboie quand l'un d'eux donne de la voix.

B) Substitution des personnes : au second degré nous substituons, pour ainsi dire, le moi d'autrui à notre moi. Les sentiments dont nous sommes alors animés ne nous paraissent plus être les nôtres, mais les siens : vg. nous sympathisons avec les personnages d'une tragédie. « Quand vous toussez, écrivait M"^^ de Se vigne à sa fdle, j'ai mal à votre poitrine. » — « Seigneur, disait la Chananéenne, ayez pitié de moi, ma fille est malade. »

IL — Effets : le premier degré produit Vunisson des sentiments dans des consciences distinctes ; il reste intéressé ; — le second, ayant pour condition l'oubli complet de soi, produit V identification idéale des consciences, une sorte de métempsycose idéale. Ce degré est désintéressé : la sympathie, ne s'étendant plus seulement aux sentiments mais à la personne même, nous porte à lui vouloir du bien {bienveillance) et à lui en faire {bienfaisance., amour., dévouement).

III. — Explication : A) Du 1^^^ degré : c'est la ressemblance : Simile simili gaudet. De là vient que nous sympathisons non seulement avec nos semblables, mais avec tout ce qui reflète quelque sentiment, quelque vie analogue à la nôtre. C'est pourquoi nous sympathisons : 1° avec des êtres imaginaires : héros de roman et de théâtre ; — 2° avec la nature (^) : a) animée : elle contient des faits qui ressemblent à ceux de la vie humaine : tendances, désirs, plaisirs, souffrances, vie et mort ; — b) inanimée : elle renferme des faits qui ont de Vanalogie avec certains états d'âme : vg. le vent semble parfois gémir ; l'agitation des grandes eaux fait songer aux troubles de l'âme, etc.

B) Du 2e degré : l'idée du moi n'accompagne pas nécessairement tous les faits de conscience ; elle a ses dégradations et ses intermittences ; elle s'évanouit quand l'esprit est absorbé par un objet qui l'intéresse :

(M G. LONGHAYE, Théorie des Belles-Lettres, L. II, ch. iv, § 2.

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