‹ Traité de philosophieChapitre 113 sur 921 · DE LA SYMPATHIE · texte numérisé non relu

DE LA SYMPATHIE

on est hors de soi. Quand cet objet est l'idée d'un moi étranger, il nous fait oublier notre propre moi, et, pour un moment, nous devenons une autre personne, que nous aimons comme nous-même.

Remarques : 1° Pourquoi nous plaisons-nous aux spectacles tristes, déchirants ? Jouffroy 0), répond : a) c'est qu'il y a, dans tout état sympathique, un plaisir de curiosité : découvrir à travers des signes matériels une nature analogue à la nôtre ; — un plaisir d'activité : se sentir agir sans effort et sans peine ; — b) c'est qu'on peut faire cesser l'état sympathique à son gré.

20 Pourquoi soutenons-nous facilement des états sympathiques violents, qui, personnels, seraient intolérables : vg. vue d'atroces souffrances ? — C'est que les émotions sont bien moins vives dans l'état sympathique, car nous sentons que nous ne sommes pas personnellement en cause : la sympathie produit une identité non réelle, mais idéale.

IV. — Causes développant la sympathie : 1^ L'expérience : on partage mieux les sentiments d'autrui quand on les a éprouvés ; les heureux, les jouisseurs sont peu compatissants :

Haud ignara mali, miseris succurrere disco {^)

2o L'intelligence et l'imagination : la sympathie suppose la perception des signes extérieurs qui expriment les sentiments d'autrui. Mieux on comprend ces signes, mieux l'on se représente et partage les sentiments dont ils sont l'expression : « Il est probable, dit Dugald Stewart (3), que la froideur apparente et l'espèce d'égoïsme, qu'on observe dans beaucoup d'hommes, tiennent en grande partie à un défaut d'attention et d'imagination. »

V. — Objection contre V universalité de la sympathie : le fait de la misanthropie.

Réponse : la misanthropie : a) est une exception ; — b) n'est pas naturelle et primitive, car l'enfant n'est pas misanthrope ; — c) a pour cause un excès de sympathie pour quelques-uns au détriment des autres.

Page 1