INCLINATIONS PHILANTHROPIQUES
nécessaires. L'empire romain jouissait de l'unité politique ; pourtant ses provinces ne formaient pas une véritable unité nationale. Donc, aucune de ces conditions ne suffit pour former la patrie, mais toutes y concourent. Leur ensemble harmonique constitue la communauté de sentiments, de pensées et de volontés, d'où résulte naturellement Vunité nationale. (Cf. G. GoYAU, Vidée de patrie et F humanitarisme).
Conclusion : s'il en est ainsi, le patriotisme ne va pas sans désintéressement, quoi qu'en disent certains utilitaires, qui prétendent que la patrie, c'est la terre qui fait vivre et jouir son propriétaire, c'est le lieu où l'on est bien : Uni bene, ibi patria. Le civisme consiste à défendre les intérêts et les droits de ses concitoyens. Le cosmopolitisme supprime l'idée de patrie : le cosmopolite se considère comme citoyen de l'univers. La philanthropie au contraire est conciliable avec le patriotisme ; car celui-ci ajoute à l'amour de nos semblables en général un amour de préférence pour nos concitoyens. Le chauvinisme est l'exagération du patriotisme. Le chauvin déteste les autres pays plus qu'il n'aime le sien ; il ne veut voir que les qualités du caractère national. Le vrai patriote voit les qualités et les défauts de ses compatriotes, ne hait aucun pays, bien qu'il préfère le sien.