‹ Traité de philosophieChapitre 129 sur 921 · C) INCLINATIONS SUPÉRIEURES OU IDÉALES · texte numérisé non relu

C) INCLINATIONS SUPÉRIEURES OU IDÉALES

Les inclinations personnelles et les affections altruistes n'épuisent pas notre capacité d'aimer ; il y a encore en nous toute une catégorie de tendances qui nous élèvent au-dessus du monde réel : ce sont les aspirations supérieures. La réalité, par ses imperfections et ses vulgarités, nous choque. Pascal a raison : « L'homme n'est produit que pour l'infinité {^). « Nous avons soif de l'idéal. L'idéal est à l'infini, c'est l'infini lui-même ; à mesure que nous allons vers lui, il recule toujours ; aussi nos aspirations sont-elles incapables d'être satisfaites ici-bas. Ces inclinations ont donc pour fondement l'amour de l'idéal, de la perfection, de l'ordre. On les appelle rationnelles, parce qu'elles supposent la raison, faculté de l'ordre, du parfait, de l'idéal. On les ramène à l'amour du i>rai, du bien, du beau. Cependant, comme l'amour ne s'adresse pas à des abstractions, mais à des personnes, à des êtres capables d'aimer à leur tour, ces aspirations supérieures se rapportent, en dernière analyse, à l'Être infini, à Dieu. Voilà comment le sentiment religieux est le résumé des inchnations idéales.

l. — Amour du vrai [Sentiments intellectuels) : l'intelligence est faite pour la vérité. L'homme a non seulement besoin d'exercer son intelligence (41, II), mais il aime la vérité pour elle-même ; il aime à connaître pour connaître. C'est une tendance spontanée de notre nature ; voyez l'enfant : déjà il voudrait tout savoir, il est curieux, il nous poursuit de ses questions ; il demande à tout propos le pourquoi et le comment des choses. L'homme adulte aspire encore au vrai, indépendamment de l'utihté qu'il en peut retirer. — Cet amour du \Tai est le principe de la science ; et c'est la source des plus douces jouissances.

IL — Amour du bien [Sentiments moraux) : nous sommes portés à faire le bien ; nos actes sont suivis d'une joie déhcieuse ou d'une douleur

(') Marion, De la solidarité morale. Essai de Psychologie appliquée, P. II, Ch. I, p. 170. Paris, 1890".

(•) Pascal, Fragment de Préface sur le Traité du Vide.

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