INCLINATIONS SUPÉRIEURES OU IDÉALES
amère, selon qu'ils sont bons ou mauvais ; en présence de la conduite des autres, si l'action nous paraît louable, nous ressentons, pour l'auteur, de la sympathie, de l'admiration, parfois même de l'enthousiasme quand elle a exigé un héroïque effort ; si elle est condamnable, nous éprouvons aversion, mépris, indignation, horreur mêrrie quand elle dénote une grande perversion (Cf. Morale, L. I, Gh. i). Cet ensemble de sentiments moraux provient de l'amour spontané du bien. Cet amour est le principe de la vertu. — Qu'on n'objecte pas que les sentiments moraux sont variables ou contradictoires. Partout et toujours l'humanité a admiré et admirera, comme elle a réprouvé et réprouvera, certaines actions (Cf. Morale, L. I, Gh. i).
III. — Amour du beau {Sentiments esthétiques) : nous aimons à contempler les grands spectacles de la nature. Les œuvres imparfaites qu'elle nous offre ne nous satisfont pas pleinement. L'homme alors s'efforce de créer lui-même des œuvres plus voisines de l'idéal. C'est cette insuffisance des beautés de la nature et ce désir de réaliser le beau dans toute sa splendeur, qui sont le principe de l'art.
On objecte que l'amour du beau n'est pas primitif : l'enfant ne semble sensible qu'aux couleurs voyantes ; — ni universel : que de gens sont dénués de toute espèce de goût ! les sauvages aiment les tatouages hideux et se délectent à une musique atroce.
Réponse : le sentiment esthétique est d'abord grossier et obtus ; mais il est susceptible de culture et par là devient délicat. Ce qui prouve bien qu'il est naturel à l'homme, ce sont précisément les rudiments d'art et ces essais d'ornements qu'on rencontre chez les peuplades les plus incultes, ce sont les peintures sur les murs des cavernes.
IV. — Synthèse des inclinations supérieures : Amour de Dieu {Sentiment religieux) ; l'amour du vrai, l'amour du bien, l'amour du beau nous mènent directement à Dieu. Ces trois sentiments ne sont au fond que trois aspects d'un même amour, l'amour de l'infini. Ce que l'intelligence pressent à travers ses recherches du vrai, c'est une intelligence infinie, identique à la vérité même ; ce à quoi le cœur aspire à travers ses inquiètes admirations, c'est à la beauté parfaite ; ce que la conscience conçoit comme législatrice, c'est une volonté sainte, identique au souverain bien.
Qu'on n'objecte pas les formes grossières que le sentiment religieux revêt parfois. Jusque dans ces travestissements on retrouve la trace de l'amour indestructible de l'humanité pour un Être suprême. Aussi DE QuATREFAGES a-t-il pu dire : « Là est le grand fait. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique {}). »
(M Cf. L'espèce humaine, Ch. xxxv, § iv, p. 356, Paris, 1878*.