CLASSIFICATION DES INCLINATIONS PAR RAPPORT AU TEMPS
actes intéressés, de plus en plus égoïste. L'habitiide est donc impuissante à faire succéder le désintéressement à l'égoïsme.
Conclusion : ce qui est vrai, c'est que les tendances égoïstes peuvent être si fortes chez tel ou tel individu qu'elles refoulent, plus ou moins longtemps, les inclinations désintéressées et les empêchent de se manifester. Mais, quand les tendances altruistes et supérieures peuvent se faire jour, elles se superposent aux inclinations personnelles ; elles n'en dérivent pas : ce sont deux sources nouvelles et distinctes d'émotions.
§ III. THÉORIE DE RABIER (i)
Il n'admet que deux classes d'inclinations : les persomielles et les intra-personnelles ou sociales ; il rattache les inclinations supérieures aux inchnations personnelles. Pour justifier cette répartition, il établit (et en ce point il a pleinement raison) que toute inclination s'adresse à des personnes. En efîet, aimer c'est vouloir du bien {amare est velle honum^ comme dit S. Thomas) ; or, selon la remarque d'ARiSTOTE C^), « nous ne voulons pas de bien aux choses inanimées », mais à quelqu'un. C'est pourquoi il faut blâmer l'appellation d'inchnations impersonnelles^ que certains philosophes donnent aux inclinations supérieures.
Jusqu'ici nous sommes en parfait accord avec Rabier. Mais nous nous séparons de lui quand il rapporte les inclinations supérieures aux personnelles. Voici son raisonnement : « La vérité c'est la connaissance de ce qui est. Donc aimer la vérité c'est aimer la connaissance ; c'est aimer une manière d'être de son intelligence, et non pas une chose externe. » — Nous avons vu que l'amour du vrai, du beau et du bien se résout en définitive dans l'amour de l'infini, dans l'amour de Dieu (49, IV). Aimer le vrai, le beau et le bien, c'est donc aimer quelque chose d'objectif, c'est aimer, non pas une abstraction ou un mode de notre esprit, mais une réahté vivante, l'Être infiniment vrai, beau et bon.