‹ Traité de philosophieChapitre 150 sur 921 · INCLINATION ET PASSION · texte numérisé non relu

INCLINATION ET PASSION

nouvelle ; il y a seulement exaltation, développement notable d'une inclination antérieure. C'est pourquoi toute passion a sa source dans une inclination et toute inclination peut devenir passion. A l'origine, d'ordinaire, les diverses inclinations se modèrent les unes par les autres et forment plus ou moins une sorte d'équilibre. La passion est une rupture violente de cet équilibre naturel, au profit d'une inclination qui devient prépondérante.

20 L'inclination est calme et laisse l'homme maître de lui-même. — La passion est violente ; elle apporte le trouble, elle enlève à l'homme la maîtrise de lui-même. La réflexion devient impossible et la volonté est asservie. Les moralistes comparent volontiers sa force, parfois presque irrésistible, au feu, au torrent, à l'orage. C'est comme un « vertige moral».

3*^ C'est pourquoi l'inclination est stable et permanente comme la nature même. — La passion étant violente ne dure guère : violentum non durât. Elle est généralement passagère. C'est une crise qui d'ordinaire ne se prolonge pas. Cependant certaines passions affectent l'état chronique : vg. l'avarice.

40 Les inclinations peuvent coexister en bonne harmonie et se développer parallèlement : vg. les affections de la famille n'empêchent pas d'aimer la patrie, le vrai, le beau, le bien ; celui qui est sensible à l'honneur peut être bon fils, bon citoyen, etc. — La passion est jalouse et exclusive : elle absorbe à son profit toute la puissance de désirer et de sentir. Elle opère une désorganisation.^ parce qu'elle prive les autres inclinations de leurs fins et arrive à les étouffer ; mais elle constitue une organisation nouvelle, car elle concentre toutes les énergies sensibles, jusque-là éparses, sur l'objet qu'elle poursuit. Pascal dit avec raison qu'on ne peut avoir deux grandes passions à la fois. L'argent est un dieu pour l'avare : vg. Harpagon n'aime et ne voit que sa cassette. A sa passion, il sacrifie tout, honneur, amitié, famille. — De là aussi un vide immense, lorsque l'objet de la passion vient à disparaître.

50 L'incUnation est, de sa nature, désintéressée : elle a pour fin un bien nécessaire au corps ou à l'âme. Sans doute en atteignant le bien, elle trouve aussi le plaisir ; mais celui-ci n'était pas recherché, il vient par surcroît, comme conséquence du développement normal de notre activité (20, II).

La passion est égoïste ; elle recherche le plaisir pour le plaisir. Aux actes, qui concourent à notre conservation et développement (vg. manger) la Providence a attaché quelque plaisir, lequel n'est dans son intention qu'un moyen de nous faciliter l'accomplissement de ces actes. Mais l'homme passionné prend comme fin non l'acte lui-même, mais le plaisir qui l'accompagne. C'est un désordre. Il manque le vrai but poursuivi par la nature : le bien de l'âme et du corps ; pour atteindre le plaisir, il néglige ce bien et, s'il le faut, le sacrifie ; mais il finit par en

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