A. — ROLE DU PLAISIR
On n'a pas multiplié les objections contre le plaisir, comme on a fait contre la douleur. Il est un des charmes de l'existence ; ne se justifie-t-il pas par lui-même ? En effet, étant lié aux succès de ^acti^'ité normalement déployée, c'est le signe d'un bien, du bon état de nos organes ou de nos facultés.
Il est : I. — Un guide, qui nous révèle nos propres fins, car l'enfant les recherche d'abord sans les connaître. C'est pour cela que Descartes l'a défini : « La conscience de quelque perfection » et que Spinoza a dit : «La joie... », etc. (21, Conclusion).
II. — Une impulsion : le plaisir sort de l'activité ; mais à son tour il la rend plus forte. Quand l'être a trouvé plaisir dans une action, il se sent plus décidé à agir encore, il a plus de courage et de constance. Le plaisir est alors comme le ressort et Vaiguilloji de l'activité : c'est un attrait qui s'ajoute à l'inclination pour la renforcer et accélérer son mouvement (23). Il est d'expérience qu'on fait mieux ce que l'on aime, ce à quoi on s'intéresse. De là la nécessité de rendre le travail attrayant. Cette remarque est vraie de toute espèce d'activité : on ne fait jamais son devoir avec plus d'élan que lorsqu'il est cher au cœur. Aussi Aristote définit-il l'homme vertueux : « Celui qui prend plaisir à faire des actes de vertu. »
III. — Une récompense de V activité désintéressée : s'il devient le but principal de l'activité, celle-ci s'égare ou se ralentit, et le plaisir diminue ou disparaît, parce qu'on n'a cherché que lui. C'est que « l'activité intéressée, incapable de perdre de vue le moi et le plaisir, incapable par suite de se dépenser sans compter, toujours retenue par la crainte que la peine ne dépasse le profit, tarit, par sa prudence même, les sources vives du plaisir » (}). Activité médiocre, médiocre satisfaction.
(M E. Rabier, Psychologie, Ch. xxxvi, p. 508,