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OBJET ET LIMITES DE LA CONSCIENCE

2» De son être : en même temps que nous percevons nos phénomènes, nous sentons que nous sommes le sujet et la cause de ces phénomènes :

A) Sujet des phénomènes : Si divers que soient les phénomènes de conscience, je les rapporte à moi-même ; je les appelle miens, je dis : « Mes sentiments, mes idées, mes volontés ». Le sujet se distingue cependant des phénomènes de conscience, où il est impliqué : les phénomènes sont multiples et changeants ; le sujet est un et permanent^ c'està-dire identique. Et ce sujet, malgré le flux et le reflux incessants des phénomènes, reste identique à lui-même. J'ai conscience que le sujet qui, en moi, sent actuellement, est le même que celui qui pense, que celui qui veut ; de plus, ma mémoire me rappelle que, ce matin, hier, il y a dix jours, un mois, un an, c'est moi qui sentais, pensais, voulais. Les phénomènes passent et changent ; mais le moi demeure ; la mémoire suppose et révèle V identité du sujet qui se souvient. Nous nous percevons donc comme sujet un et permanent de phénomènes multiples et changeants^ c'est-à-dire comme substance.

B) Cause des phénomènes : dans certains états nous nous sentons surtout passifs : vg. dans nos sensations ; nous subissons ces phénomènes plutôt que nous ne les produisons. Mais il en est d'autres : vg. désir, attention, volition, où nous nous sentons surtout actifs ; alors, nous sentons que certains effets procèdent de nous, sont produits par nous. Donc nous nous percevons comme étant la cause de certains phénomènes (14).

La conscience a donc bien pour objet : 1° Tous les phénomènes psychologiques, puisque nous avons montré qu'il n'y en avait pas d'inconscients (70). — 2° Notre être, qu'elle atteint directement comme substance et comme cause des phénomènes. Ce n'est donc pas par un raisonnement inductif que nous arrivons à la connaissance du moi, de notre âme, de notre être ; nous ne V inférons pas de ses phénomènes, nous ne remontons pas de l'effet à la cause ; mais nous saisissons ce moi immédiatement comme substance et comme cause des phénomènes. « Il faut, dit Jouffroy, rayer de la psychologie cette proposition consacrée : l'âme ne nous est connue que par ses actes et modifications {}). »

IL — Limites : Hamilton, soutenant que la conscience est coextensive à toutes nos facultés, en conclut qu'elle doit avoir le même objet et les mêmes limites que ces facultés. Donc, puisque nous avons connaissance de notre corps, du monde extérieur, de Dieu, du passé, de l'avenir, nous devons aussi en avoir conscience. Cette argumentation

(') Nouveaux mélanges : De l'organisation des sciences philosophiques, p. 276.

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