IDÉES *DUES A LA CONSCIENCE RÉFLÉCHIE
au moyen de V induction et de Y analogie : c'est ainsi que nous concevons le monde extérieur à notre image et ressemblance (183, § A, V).
Nous devons à la conscience les idées :
I. — Des divers phénomènes psychologiques : plaisir et douleur, sensations et sentiments, pensées, volitions.
IL — D'être, d'unité, de simplicité, d'identité, de durée, d( différence, de nombre : en percevant nos phénomènes multiples changeants, nous nous percevons en même temps comme un être, un simple, identique, persistant :
1" Être : nous nous sentons existant : de là l'idée d'être.
20 Unité : nous n'avons conscience que d'wne seule force : de là, l'idée à.' unité. Il y a bien des sortes d'unité : vg. l'unité^mathématique, l'unité d'un corps matériel ou vivant, l'unité d'une collection. Toutes ces unités sont analogiques. L'unité du sujet dont j'ai conscience est 1( type de la véritable unité. Sans doute, les phénomènes de conscience son! multiples, mais ils procèdent tous d'une seule et même cause, simple et indécomposable, comme l'atteste la conscience.
3° Simplicité : car nous ne nous sentons pas divisibles ; de là l'idée de simplicité, à'' indivisibilité.
4° Identité : au point de vue des phénomènes, la conscience est un perpétuel devenir. Mais, malgré ces changements, nous avons conscience de retrouver, à l'aide de la mémoire, cette unité simple à travers toutes les vicissitudes de notre existence. Notre vie extérieure ou mentale a pu offrir la plus grande variété d'actes ; nous sentons que nous sommes restés foncièrement les mêmes : de là l'idée à.'' identité.
5° Durée : car nous avons conscience de la continuité de notre activité ; de là l'idée de durée. Nos opérations se déroulent et passent en restant nôtres, elles se rapportent donc à une force qui persiste pendant qu'elles se succèdent.
6° Temps : la durée du moi conditionne la succession des phénomènes ; sans elle, il n'y aurait pour eux ni avant ni après, car ces déterminations supposent qu'ils sont comptés et placés à leur rang par rapport à quelque chose de fixe et de permanent. De ces rapports di antériorité et de postériorité, de cette notion de la succession dérive l'idée de temps. Il ne faut donc pas identifier la succession, qui est la loi des phénomènes, avec la durée du moi qui la rend possible. C'est parce que nous avons conscience de rester identiques parmi la perpétuelle mobilité des phénomènes de notre âme, que nous pouvons locaUser ces phénomènes et les autres dans le temps. C'est pourquoi Leibniz a dit avec raison que, s'il n'y avait pas d'âme, il n'y aurait pas de temps : Si non esset anima, non esset tempus.
7° Différence : nous distinguons nos états de conscience les uns des autres : vg. telle pensée de telle autre ; de là l'idée de différence.
(73) l'idée du moi 149
8° Nombre : les états qui se succèdent dans l'âme peuvent être comptés ; de là l'idée de nombre.
III. — De substance : en percevant la multitude des phénomènes de mon âme, je sens le sujet un qui les subit ou les produit et, dans la succession de ces états de conscience, je me retrouve, grâce à la mémoire, semblable à moi-même, aux divers moments de mon existence ; de là l'idée de substance : sujet un et permanent de phénomènes multiples et changeants (71, I).
IV. — De cause efficiente : je perçois des phénomènes produits par moi^ procédant de mon activité ; de là l'idée de cause : c'est le pouvoir de produire quelque chose (71, I). A l'idée de cause se rattachent les idées d'activité et de force, de puissance, de tendance, puisque la cause suppose une activité productrice ( = force), — une capacité d'agir {= puissance), — une propension à agir ( = tendance).
V. — De finalité : je me sens souvent agir en vue d'un but à atteindre ; de là l'idée de fin : c'est ce pour quoi une chose est faite.
VI. — De liberté : en me déterminant à agir je sens que je pourrais me déterminer autrement ; de là l'idée de liberté : c'est le pouvoir de se déterminer à agir.
VII. — De personnalité : je me sens comme une force agissant en connaissance de cause et maîtresse de ses actes ; de là l'idée de personnalité : c'est un individu conscient, raisonnable et libre (200).
Conclusion : la conscience spontanée nous donne le sentiment concret d'un moi existant, un, simple, identique, persistant, agissant, libre, tendant vers certaines fins. La réflexion, travaillant sur ces données expérimentales, en dégage les idées abstraites (Vêtre, d^unité, de simplicité, d'identité, de substance, de durée, de cause, de liberté, de finalité, etc. (Pour l'explication détaillée de ces notions, Cf. Livre II, Sect. iv, Gh. m.)