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L'IDÉE DU MOI

I. — Éléments : l'idée du moi c'est l'idée de la personnalité tout entière. C'est une idée très complexe, qui se rapporte d'abord :

A) A notre personnalité interne, dont les éléments sont :

1° L'idée du sujet un, identique, actif et libre, que nous manifeste la conscience dans la perception de ses états. Nous nous percevons, nous et nos états, comme une seule réalité considérée sous un double aspect : d'un côté, le sujet un et identique ; de l'autre, ses phénomènes multiples et changeants ; — d'un côté, une force raisonnable, une cause maîtresse de ses actes ; de l'autre, les actes qu'elle produit et où elle se révèle.

2° L'id^ée de notre caractère, de notre manière habituelle de sentir, de penser et d'agir.

150 l'idée du moi (73)

30 La SENSATION à peu près continuelle, qui correspond dans notre conscience à la présence et à l'action de notre corps et qu'on appelle COeneSthèse (xoivv], aia0r,(jn;).

B) A notre personnalité externe : ses éléments sont :

10 L'idée de notre corps : l'homme n'est pas un pur esprit ; c'est, selon Bossuet : « un tout naturel », ou, d'après Descartes : « un tout' substantiel », qui est à la fois corps et âme, esprit et matière, étendue vivante, animée, sentante et pensante. Comme on dit : je sens, je pense, je veux, on dit aussi : je grandis, je marche, je mange.

2° L'idée de notre passé, tel qu'il revit dans le souvenir ; moi, ce sont mes œu\Tes, mes mérites et mes démérites, mes vertus et mes vices.

Remarque : parfois la notion du moi, au heu d'exprimer la personnalité tout entière, est restreinte à la signification du sujet de la conscience, qui est l'élément essentiel de la personnahté.

H. — Origine : A) L'idée du moi, dans sa partie essentielle, c'està-dire comme sujet un et permanent et comme cause des phénomènes qui se passent en lui, est due à la conscience réfléchie (71).

B) Quant aux autres éléments qui viennent s'y adjoindre, les uns, comme les états de notre vie passée, sont dus à la mémoire ; les autres, comme la connaissance de notre corps, aux sensations internes (71, II, A,).

III. — Rôle : A) En psychologie : l'idée du m oi est contenue :

1° Explicitement dans tout acte intellectuel ou volontaire, par lequel l'âme se distingue du monde extérieur, du non-moi. De là tant de notions premières : être, unité, causalité, substance, finalité, etc. (72), qui constituent les caractères distinctifs du moi.

En effet, on appelle le moi vg. : être : pour marquer qu'il ne disparait pas avec chaque acte ; — force : quand on fait attention à son activité interne, immanente : vg. effort pour remuer le bras ; cet acte est accompli dès qu'il est voulu, même s'il n'a pas d'effet, si le bras reste immobile ; — CAUSE : quand on l'envisage dans ses effets, dans son activité externe, transitive : vg. remuer de fait le bras ; — substance : c'est l'être, la force considérée comme permanente et comme sujet [sub-jectum, sub-stantia) des phénomènes. Ce ne sont pas des notions foncièrement différentes, mais des aspects variés de l'idée du moi. Être et agir soit ad intra (force), soit ad extra (cause), au fond, c'est tout un, car la conscience ne perçoit l'existence que par l'activité. Il ne faut pas non plus séparer l'idée de substance de celle de force et de cause. La substance est la force envisagée comme permanente ; et que serait une substance sans quelque activité ?

2° Implicitement dans tout phénomène de conscience, car tout phénomène de conscience imphque un sujet conscient. C'est en ce sens que Desoartes disait : Cogito, ergo sum.

B) En morale : la notion du moi, c'est la notion de la volonté libre

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et responsable. Le devoir, le droit, la responsabilité, le mérite et le démérite ne peuvent exister que pour un être qui a conscience de posséder une unité, une identité, une liberté véritables, qui a conscience d'être une personne et peut dire : moi.

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