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ALTÉRATIONS DE L'IDÉE DU MOI

A) Causes : la complexité de l'idée du moi en explique les altérations. Elles peuvent avoir pour causes :

I. — Troubles dans les images qui représentent le moi passé : l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes est souvent peu conforme à ce que nous sommes en réalité, car nombre de faits de notre vie sont noyés dans l'oubli. Bien plus, il peut arriver, par suite des défaillances de la mémoire, qu'on s'attribue des événements auxquels on est étranger, parce qu'ils ont vivement frappé notre imagination : vg. on croira avoir fait les prouesses qu'on a lues. On pourra même confondre son histoire avec celle d'un autre et agir d'après cette conviction : c'est le fait des ahénés qui se croient empereurs ; c'est le cas des amnésiques périodiques (1).

II. — Troubles dans les sensations qui représentent le moi présent :

(') Voir le cas de Félida et autres dans L. Rqure, Doctrines et Problèmes, ch. xiv.

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il peut arriver que, la mémoire restant intacte, des causes morbides dérangent brusquement le cours des sensations habituelles. Alors celui qui se trouve ainsi tout à coup affecté ne se reconnaît plus ; il ne peut plus rapporter ces états insolites à ses anciennes aptitudes et dispositions ; il croit que son existence a été suspendue ou qu'elle est renouvelée ; il dira de lui-même : « Je suis mort » ou « Je suis autre ».

Ces altérations de l'idée du moi sont appelées improprement : maladies de la personnalité, dédoublement de la personnalité, faits de double conscience (^).

B) Explications : ces illusions de la perception interne montrent simplement que l'idée du moi est une synthèse mentale, une construction complexe de l'esprit, dont la mémoire et la conscience actuelle fournissent les éléments. C'est pourquoi cette idée sera sujette à des variations, si des accidents troublent la mémoire ou si des perturbations organiques provoquent des sensations anormales. Mais les désordres qui en peuvent résulter dans la connaissance analytique du moi, ne prouvent rien contre la réalité du moi lui-même, et le sentiment spontané qu'il a de sa réalité. Être une personne, c'est un fait objectif, indépendant de la manifestation que nous en donne la conscience. La conscience, aidée de la mémoire, nous révèle et constate notre personnalité, mais ne la crée pas. Il n'est nullement nécessaire, en effet, pour demeurer identique dans le fond de son être, de savoir s'en rendre compte. L'enfant reste identique, bien qu'il soit longtemps incapable de juger de son identité ; durant le sommeil, dans l'iATesse, dans les accès d'épilepsie, l'homme adulte cesse d'avoir conscience de son identité, mais ne cesse pas d'être identique. Les maladies de la personnaUté sont donc des altérations de Vidée du moi, et non des altérations du moi lui-même.

Conclusion : ces illusions de l'idée du moi montrent bien que cette idée est due à une synthèse constructive de l'esprit travaillant sur les données de l'expérience interne, et non à une perception immédiate du fond substantiel de notre être. Sans doute, toutes les fois qu'on se perçoit, on se perçoit sentant, pensant ou voulant ; nous avons ainsi le sentiment concret du moi ; mais Vidée abstraite du moi est une construction complexe de l'intelligence. Ces altérations n'affectent pas Vêtre lui-même, mais ses phénomènes, ses manières d'être. C'est l'erreur des phénoménistes d'attribuer au moi les perturbations qui ne conviennent qu'à l'idée du moi.

(') Th. Ribot, Maladies de la personnalité. — Pierre Janet, L'automalisme psychologique. — SoLLiER, Les phénomènes d'autoscopie. .

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