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FAUSSES NOTIONS DU MOI

A) Exposé : pour les Sensualistes comme Gondillac, le moi n'est ■[ue la « collection des sensations » qu'on éprouve ou qu'on se rappelle ; 3our les Phénoménistes comme Hume, le moi « est un faisceau des lifîérentes perceptions qui se succèdent l'une à l'autre » ; pour les RelanvisTES, comme Stuart Mill, le moi n'est « qu'une série de sentiments ioordonnés », ou Taine : « une série d'états de conscience » qui ont la Dropriété « de nous apparaître comme internes, par opposition aux lutres événements qui nous apparaissent comme externes ». Pour RiBOT, le moi n'est que « le sentiment » complexe et confus de « notre )rganisme individuel ».

B) Arguments : I. — La conscience ne nous révèle que des états coexistants ou successifs ; le moi n'est donc que la collection ou la série le ces états.

Réponse : la conscience atteint directement le moi comme quelque îhose d'un, d'identique et de permanent, c'est-à-dire comme une réalité ubstantielle (71, I,A, B; 74).

II. — L'idée du moi peut s'expliquer sans un moi réellement existant. Vous concevons, il est vrai, le moi comme un être un et permanent ; nais cette conception est illusoire ; aucune réalité substantielle n'y épond. Cette illusion vient de V unification apparente des états de ionscience qui est produite par : a) V association qui fait de ces états livers un tout indissoluble ; b) le langage qui, exprimant ce tout par un ubstantif, nous habitue à le penser comme une substance. Donc ce qui lans la réalité répond à l'idée du moi se réduit à une collection ou à une ■^érie d'états de conscience.

I Réponse : le moi n'est ni une série, ni une collection de phénomènes, :;ar :

I 1° Dans une série de phénomènes, les termes sont successifs. Quand ■e second terme paraît, le précédent n'existe plus et les suivants n'existent |)as encore. Comment comprendre que, dans le présent, puissent coexister (6 souvenir du passé et la prévision de Vavenir, sans un sufet un et per- 'nanent, élément commun, qui dure et reste identique, pendant que les !ermes de la série changent et se succèdent ? Ce sujet un et permanent les phénomènes, c'est le moi.

I 2» Une collection n'existe que par les éléments qui la composent ; jlle n'a pas d'existence propre en tant que collection. Or, s'il n'y a dans le moi rien de plus que la collection des phénomènes, comment expliquer a conscience qu'il a de son unité ? A toute collection il faut un principe I ollecteur : ce qui fait son unité, c'est l'esprit qui la perçoit, le moi. ! 3° L'idée du moi suppose des éléments complexes (73) ; mais le

154 l'ame pense-t-elle toujours ? (77)

moi lui-même n'est pas, contrairement à la thèse phénoméniste, une simple collection, une série de phénomènes, car une collection et une série n'existent que si les termes sont unis les uns aux autres, et c'est le moi qui est ce trait d'union. C'est lui qui, par son être et son activité synthétique, organise les faits psychiques et les rassemble dans l'unité d'une même vie.

m. — Maladies de la personnalité : il arrive qu'on se fait illusion sur son identité ; on se croit double, autre ou mort.

Réponse : ces altérations portent sur l'idée du moi et non sur le moi lui-même (75).

Conclusion : la perception du moi est inséparable de la perception d'une certaine modification du moi ; mais l'intuition de chaque modification ou phénomène ne va pas non plus sans le sentiment de la réalité du moi. Le moi et ses phénomènes, c'est-à-dire l'être et ses manières d'être, sont deux aspects de la même réalité, que la conscience atteint simultanément. De là vient que le moi conscient est à la fois être et devenir, substance et phénomène, unité et pluralité, identité et différence^ permanence et succession, selon le point de vue auquel on le considère.

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