L'AME PENSE-T-ELLE TOUJOURS
L — Opinion de Descartes : pour lui, pensée est synonyme de conscience. Tous les phénomènes psychologiques sont donc des modes de la pensée, puisqu'ils sont tous conscients. La pensée, c'est-à-dire la conscience, est Vessence même de l'âme. Par conséquent, pour l'âme cesser de penser ou d'avoir conscience, ce serait cesser d'être ; donc l'âme, tant qu'elle est, pense toujours.
Objection : il y a parfois suspension complète de la pensée consciente : vg. dans le sommeil sans rêve, pendant la léthargie, etc. — Les Cartésiens répondent que dans ces cas il y a simple obscurcissement de la conscience, mais non extinction totale.
Instance : si on insiste en disant qu'au sortir de ces états on ne se souvient pas d'avoir pensé, les Cartésiens réphquent que cet oubli ne prouve pas l'absence de toute pensée. En effet, il nous arrive de rêver, sans que nous en conservions la moindre souvenance, comme l'attestent les personnes qui nous ont entendu parler pendant notre rêve. Le souvenir n'est possible que s'il y a attention suffisante; le défaut d'attention pendant le sommeil explique donc l'absence de souvenir au réveil. Comme la conscience est susceptible d'une infinité de dégradations, on comprend pourquoi les phénomènes qui l'accompagnent ne laissent parfois aucune trace dans la mémoire (70, §B, II). La théorie de LEisi^izsur les petites
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perceptions ou perceptions infinitésimales rendrait compte de cette continuité insensible de la conscience. L'âme penserait donc toujours, c'est-à-dire aurait toujours conscience de quelque phénomène psychologique, mais pas toujours avec la même intensité.
II. — Opinion des Scolastiques : ils rejettent cette solution; selon eux, il y a des suspensions complètes de l'action consciente : vg. pendant le sommeil. — Mais on leur objecte : étre^ c'est agir ; si l'àme cessait un seul instant d'agir, elle cesserait d'être. Ils répondent que l'âme agit comme principe vital, pendant le sommeil ; elle n'a pas, il est vrai, conscience de cette activité jD^hysiologique ; n'importe, car, pour sauvegarder l'axiome leibnizien. Être, c'est agir, il suffit que l'âme agisse d'une façon ou d'une autre. Quand même, comme il semble bien parfois, toute activité psychologique serait suspendue durant le sommeil, le fonctionnement de la vie physique n'en persiste pas moins.