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L'INTUITION BERGSONIENNE

I, — Exposé : selon la manière de voir reçue jusqu'ici, on définit y intuition la saisie immédiate de l'objet par le sujet, et l'on estime que l'objet de la connaissance et la connaissance de cet objet sont choses distinctes. Il n'en va pas ainsi d'après Bergson. Pour lui « la connaissance existe déjà dans l'intérieur même des choses » ; elle est les choses mêmes ; l'intuition c'est l'identité absolue du sujet et do l'objet, du connaître et de l'être.

Le monde constitue un ensemble d'images. Notre corps est l'une de ces images; elle nous intéresse particulièrement. Toutes ces images avec leurs relations forment une connaissance inconsciente ; elles sont diffuses sans être perçues, « présentes sans être représentées ». Pour qu'une de ces images devienne consciente, soit une représentation, on doit procéder par voie de « diminution ». Il faut qu'elle se détache, s'isole de la trame universelle du monde, où elle a des prolongements et relations indéfiniment, et qu'elle entre en rapport avec cette image privilégiée qui est notre corps. C'est ainsi qu'elle sera convertie en représentation. « Ce qu'il faut pour obtenir cette conversion, ce n'est pas éclairer l'objet, mais au contraire en obscurcir certains côtés, le diminuer de la plus grande partie de lui-même, de manière que le résidu, au lieu de demeurer emboîté dans l'ensemble comme une chose, s'en détache comme un tableau. » Donc ce qui est à « expliquer, ce n'est pas comment la perception naît, mais comment elle se limite, puisqu'elle serait en droit l'image de tout, et qu'elle se réduit en fait à ce qui nous intéresse ». La perception par conséquent n'aboutit pratiquement qu'à une connaissance très imparfaite, puisqu'elle est très limitée : c'est une coupe dans la connaissance totale, qui sert à diriger notre action. Par son moyen chacun de nous ne coïncide qu'en partie avec le monde qu'il découpe, pour ainsi dire, en séries correspondant aux exigences particulières de sa vie.

(M Ces conclusions ne sont pas un animement acceptées, Cf. p. 176, note 1.

(') H. Bergson, Matière et Mémoire, Ch. I, notamment p. 22, 27-28, 29, Paris, 1900'.

\QQ l'intuition bergsonienne (86)

Pour arriver à la connaissance parfaite, il faut que le moi ne fasse plus « écran « dans l'ensemble des images, mais coïncide parfaitement avec toutes à la fois, c'est-à-dire avec le monde. Dans cet acte, plus d'opposition entre la conscience et la connaissance, plus de dualisme, plus de retour utilitaire du sujet sur lui-même. C'est à ce moment fugitif que s'accomplit l'identification absolue du connaître et de l'être : la c'onscience individuelle coïncide absolument avec la connaissance de l'univers. Cet acte constitue V intuition bergsonienne, qui seule atteint le réel, parce qu'elle supprime l'opposition du moi connaissant et de l'objet connu.

II. — Critique : l*' Cette théorie, qui repose sur le système idéaliste de l'auteur, tombe sous les objections auxquelles l'Idéalisme métaphysique est sujet. (Cf. Métaphysique spéciale, Ch. i.)

2° La solution proposée aboutit à une contradiction. En effet, d'après Bergson, cette connaissance parfaite, qui est l'intuition, n'est réalisée qu'à l'instant précis où le sujet, cessant d'être sujet, est complètement identifié avec l'objet et perd ainsi toute conscience. Dans ces conditions, il n'y a plus de sujet connaissant. Par conséquent, la connaissance ne devient parfaite qu'au moment où elle n'est plus connaissance, ce qui est contradictoire.

3° On cherche vainement sur quel argument l'auteur appuie sa théorie. On ne trouve que des antithèses, des métaphores et des comparaisons. Nous en avons cité quelques exemples. En voici encore un : « La perception ressemble donc bien à ces phénomènes de réflexion qui viennent d'une réfraction empêchée ; c'est comme un effet de mirage ». Ce sont là des ressources accessoires, qui ne sauraient tenir lieu de preuves. Elles peuvent jeter une lumière complémentaire sur une thèse déjà sohdement démontrée ; mais, employées seules, elles ne font que l'obscurcir. En cela, i d'ailleurs, Bergson n'a que trop bien réussi. |

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