HIÉRARCHIE DES SENS
A. — Toucher : c'est, dans l'enfance, la principale source d'informations ; c'est surtout par le toucher actif, le sens du mouvement et de l'effort, que nous acquérons des connaissances multiples (98, A). C'est pour cela qu'on l'a nommé sens fondamental. Aristote appelle la main « l'instrument des instruments « (^). Anaxagore a voulu voir en elle la cause de la supériorité de l'homme sur l'animal ; mais Aristote a protesté en disant : « L'homme n'est pas supérieur aux animaux parce qu'il a une main, mais il a une main parce qu'il est supérieur aux animaux. »
On le nomme encore sens scientifique, parce que, aidé de la vue, il a concouru à la constitution des sciences du nombre, de l'étendue, du mouvement, de la chaleur.
Comme il collabore aux perceptions de tous les autres sens, ceux-ci, mais surtout Vouïe et la vue, enrichis de ses perceptions associées aux leurs, se sont substitués à lui, dans beaucoup de cas à cause de sa lenteur (100, II). C'est ainsi que l'ouïe et la vue ont pris le premier rang.
B. — Ouïe : c'est le sens social, parce que la parole est le grand moyen de communication et d'enseignement. Aussi le sourd est-il plus isolé et, généralement, plus triste que l'aveugle.
Les connaissances qu'il nous aide à acquérir sont la matière d'une science spéciale : V acoustique, et d'un art particuHer : la musique. C'est le sens musical.
C. — Vue : c'est le sens le plus riche en perceptions acquises (98, B). Aussi est-il le substitut des autres sens, surtout du toucher. L'œil s'empare des découvertes dues au toucher ; et dès lors le toucher, qui est primitivement le sens le plus précieux et le plus fécond de tous, est remplacé par l'oeil. C'est l'œil qui nous servira de main.
L'œil l'emporte sur la main par : 1° sa portée : c'est « un toucher lointain » (Buffon).
2o Son acuité : il nous fait saisir l'infiniment petit. La sensibilité rétinienne est merveilleuse : on peut percevoir 250.000 impressions différentes dans la surface d'un millimètre carré.
3° Sa rapidité d'opération : l'œil est rapide comme la pensée, le toucher a des « semelles de plomb » (Bacon) {^).
C'est à l'ouïe et à la vue que s'adressent les beaux-arts : ce sont les deux sens esthétiques. La musique se rapporte à l'ouïe. De la vue relèvent les arts du dessin : architecture, sculpture, peinture, La poésie est tributaire des deux (Cf. Esthétique : Classification des Arts).
{}) Blainville la nomme » Ua compas à cinq branches ». (•) Cf. Rabier, Psychologie, ch. xxxii, p. 434-435.
Les sceptiques se plaisent à signaler ce qu'ils nomment les erreurs et les illusions des sens. Ils apportent de nombreux exemples :
lo — Vue : une tour carrée vue de loin paraît ronde ; une longue avenue formée d'arbres parallèles semble finir en angle ; une rame plongée dans l'eau paraît brisée au point d'immersion ; en chemin de fer ou en bateau on s'imagine que les arbres du voisinage se meuvent.
2'' — Tact : placez l'une de vos mains dans l'eau froide, l'autre dans l'eau chaude ; mettez ensuite vos deux mains dans de l'eau tiède ; elle paraîtra chaude à l'une et froide à l'autre.
30 — Ouïe : illusions de la ventriloquie.
40 — Odorat et goût : dans certaines maladies, les odeurs et saveurs changent complètement de nature, etc.
En quoi consistent ces erreurs ? Comment les expliquer ? La réponse varie selon le système qu'on adopte sur la nature de la perception extérieure.