‹ Traité de philosophieChapitre 235 sur 921 · A. — RÉPONSE DES INTUITIONNISTES · texte numérisé non relu

A. — RÉPONSE DES INTUITIONNISTES

Pour les partisans de la perception directe et immédiate l'erreur des sens consiste à percevoir les choses autrement qu'elles ne sont en réalité ; il y a donc des perceptions vraies et des perceptions fausses : vraies quand on perçoit un objet réel, fausses quand on perçoit un objet apparent et illusoire. Ils expliquent la nature de ces erreurs en distinguant entre les perceptions naturelles et les perceptions acquises (^). Les premières nous sont données par les sens ; elles seules sont une vraie perception ; aussi sont-elles infaillibles, car aucun sens ne peut se tromper relativement à son objet propre : vg. la vue par rapport aux couleurs. Les secondes, œuvre de la mémoire et de l'induction, ne sont pas une perception, mais une conception de l'esprit, un jugement résultant d'une inférence. Aussi sont-elles sujettes à l'erreur ; mais l'erreur « ne réside pas dans les sens ; elle réside dans le jugement ».

Critique : cette explication paraît insuffisante, car :

I. — L'erreur, si l'on se place au point de vue intuitionniste, s'insinue même dans les perceptions naturelles ; la distinction invoquée ne peut donc résoudre l'objection des sceptiques. C'est ainsi vg. : qu'une bille, roulée sous le majeur et l'index croisés, paraît double. Et cependant la forme solide est l'objet propre du tact.

IL ^ — Pour le sens commun, sur lequel l'intuitionnisme s'appuie, les perceptions acquises et les perceptions naturelles ont les mêmes

(M Cf. Reid et Garnier, Op. cit., § 85, 93.

caractères : elles semblent être immédiates et intuitives, être des perceptions et non des jugements : vg. on croit voir la distance des objets. C'est donc se mettre en opposition avec le sens commun, base du système. III. — Nous avons vu qu'en définitive la perception naturelle est elle-même acquise, en ce sens qu'elle suppose, outre la sensation qui seule est primitive, un jugement par lequel la sensation est rapportée à un objet (98, C). C'est donc en vain que les intuitionnistes recourent à la distinction des perceptions naturelles et des perceptions acquises pour expliquer ce qu'ils appellent les erreurs des sens.

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