MÉMOIRE 104. — OBJET ET FONCTIONS DE LA MÉMOIRE
La mémoire est la faculté de conserver, de rappeler et de reconnaître les états de conscience antérieurement acquis.
I. — Objet : elle a pour objet non seulement les idées antérieures, mais tous les états de conscience du passé : émotions, pensées, résolutions. Pour abréger on se contente du mot « idée », entendant par là toute espèce de phénomène psychologique. Même remarque pour l'Association. Les états de conscience passés sont donc les seuls objets de la mémoire. Le sens commun semble contredire cette affirmation, car on dit couramment : « Je me souviens de telle personne, de telle ville. » Mais cette phrase elliptique équivaut à celle-ci : « Je me souviens d'avoir <-'» telle personne, telle ville. » C'est pourquoi Royer-Collard a dit avec raison : « Nous ne nous souvenons de rien qui n'ait été l'intuition immédiate de la conscience, c'est-à-dire que nous ne nous souvenons que de nous-mêmes {^). « En effet :
C) Fragments, dans les Œuvres de Reid, traduites par Jouffroy, t. IV, p. 435,
a) On ne se souvient pas des choses : elles ne peuvent être présentes à noire pensée dans le souvenir, parce qu'elles sont absentes sous le rapport du temps et éloignées sous le rapport de Vespace.
b) On ne se souvient que de soi-même : c'est-à-dire de Vimpression faite sur nous par les personnes ou les choses, de Y état ou de V action de notre esprit en leiu" présence. C'est ce qui explique comment les mêmes faits laissent des souvenirs qui varient avec les personnes.
L'objet propre et direct de la mémoire, ce ne sont donc pas les personnes et les choses antérieurement perçues, mais nos états de conscience passés par rapport à ces personnes et à ces choses. Celles-ci ne sont que l'objet médiat et indirect de la mémoire ; nous ne les atteignons que par V intermédiaire de l'impression qu'elles ont faite sur nous. La conscience et la mémoire ont pour objet commun nos états psychologiques, mais la conscience en tant que présents, la mémoire en tant qu'ils se rapportent au passé. Tout ce qui a été conscient peut le redevenir : la mémoire est la restauration des états de conscience antérieurs.
IL — Fonctions : on peut les ramener à trois : Conserver — Rappeler (reproduire, faire revivre) — Reconnaître (Ipcaliser) les idées. Ces fonctions ne sont pas indépendantes l'une de l'autre. On sait qu'une idée a été conservée, parce qu'elle reparaît dans la conscience ; une idée ne peut reparaître dans la conscience que si elle a été conservée ; et elle ne peut être reconnue que si elle reparaît (^).
C'est un fait que nos états de conscience peuvent renaître. Mais cette aptitude à renaître suppose leur conservation, leur survivance. Comment expliquer cette conservation ? Par la persistance d'une double habitude physiologique et psychologique, cérébrale et mentale. Ce sont là les conditions de la conservation et conséquemment du rappel des idées.