A. — HABITUDE PHYSIOLOGIQUE
Pour en rendre compte on a proposé deux hypothèses principales :
1° Empreintes cérébrales : cette hypothèse de Desca-rtes {^) a été
admise par Malebranche (^), Bossuet (^), Spinoza (^). Les mouve-
0) Gratacap, Théorie de la Mémoire. — H. Bergson, Matière et Mémoire.
C-) Des Passions, I, 21, 26. — Gassendi avait déjà exposé cette hypothèse. Cf. G. Sortais, La Philosophie moderne depuis Bacon jusqu'à Leibniz, t. II, Art. II. Gassendi, p. 130-131, Paris, 1922.
(') De la recherche de la vérité, 1. II, P. I, ch. V.
(*) De la connaissance de Dieu et de soi-même, ch. m, §10.
(•) Éthique, II Partie, Proposit. xviii.
ments, qui conditionnent les sensations, laissent dans le cerveau les « vestiges » des modifications qu'ils y apportent ; et ces vestiges une fois tracés rendent plus faciles les modifications du même genre : la route est frayée. Descartes comparait le cerveau à un papier plié « plus propre à être plié de rechef ». On le compare maintenant à la plaque photographique qui conserve indéfiniment 1 image des objets, ou au phonographe qui enregistre et reproduit les sons de la voix.
20 Vibrations nerveuses et cérébrales : le physiologiste anglais Hartley exphque la conservation par la persistance dans le cerveau des mouvements vibratoires qui accompagnaient les sensations. A chaque idée conservée dans la mémoire correspondrait une vibration cérébrale, et les vibrations cérébrales s'enchaînant formeraient des associations dynamiques, qui provoquent des associations mentales. L'état actuel de la science ne permet pas de décider entre l'hypothèse des empreintes et celle des vibrations qui, d'ailleurs, peuvent être unies {}).
III. — Remarques : 1° — La coexistence de tant d'impressions n'est pas impossible^ étant donné que le cerveau contient 600 millions de cellules et plusieurs milliards de fibres nerveuses.
2o — La possibilité et la probabilité de ces habitudes physiologiques sont prouvées par : a) certains faits de reviviscences extraordinaires {^) — b) des cas analogues de persistance indéfinie : vg. vibrations lumineuses, etc.
3° — L'acquisition et le développement de cette habitude physiologique dépendent de certaines conditions : vg. a) bon état de l'organisme ; — b) circulation active du sang ; — c) sang riche : aussi le temps de la jeunesse est-il plus favorable au progrès de la mémoire ; — d) force et répétition de l'impression organique. L'expérience constate en effet que tout ce qui affaiblit l'organisme et surtout le système nerveux nuit à la mémoire.
C) « On peut rapprocher de l'hypothèse des vibrations celle de Moleschott et de Luys, dite des phosphorescences cérébrales, qui explique la conservation des idées par la persistance de la combustion du phosphore contenu dans le cerveau, toute combustion se ramenant au fond à des mouvements. » (E. Boirac, Cours élémentaire de philosophie. Psychologie, ch. viii, 3).
(«) On connaît le cas rapporté par Taine : « Plusieurs médecins ont cité l'histoire d'une jeune fille de vingt-cinq ans, très ignorante et ne sachant pas même lire, qui, devenue malade, récitait d'assez longs morceaux de latin, de grec et d'hébreu rabbinique mais qui, une fois guérie, parlait tout au plus sa propre langue. Pendant son délire, on écrivit sous sa dictée plusieurs de ces morceaux. En allant aux informations on sut qu'à l'âge de neuf ans elle avait été recueillie par son oncle, pasteur fort savant, qui se promenait d'ordinaire, après son dîner, dans un couloir attenant à la cuisine et répétait ses morceaux favoris d'hébreu rabbinique et de grec. On consulta ses livres et on retrouva mot pour mot plusieurs des morceaux récités par la malade.» (De l'intelligence, I. P., L. II, C. ii,§ i). De ces faits et autres résurrections semblables d'états de conscience encore plus lointains, sous le coup de fortes et subites émotions, on a induit la loi suivante : Rien de ce qui est passé par la conscience n'est perdu pour elle.