‹ Traité de philosophieChapitre 246 sur 921 · FORMES DE LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

FORMES DE LA MÉMOIRE

C'est un fait qu'il y a plusieurs sortes de mémoires. Les raisons de cette variété sont nombreuses : vg. diversité des aptitudes natives, hérédité, exercice prédominant de certains sens ou de certaines facultés, différences de l'organe cérébral, etc. — On distingue tout d'abord deux espèces de mémoires :

I. — Intellectuelle : c'est la mémoire des idées ; elle porte sur les abstractions. — Elle est propre à l'homme. — C'est plutôt la mémoire des savants ; mais elle n'est pas la même chez tous les savants : le physicien, le naturaliste, le mathématicien, le philosophe, l'historien ont chacun leur genre de souvenirs.

II. — Sensible : c'est la mémoire des images ; elle porte sur les choses concrètes. — Elle est commune à l'homme et à l'animal. — C'est plutôt la mémoire des artistes. Mais c'est ici surtout qu'on trouve une grande variété ; elle se décompose en autant de mémoires spéciales qu'il y a de sens distincts : vg. mémoire des couleurs, des sons, etc. On a distingué trois principaux types d'esprits d'après la prédominance de l'une ou de l'autre de ces mémoires : visuel^ doué surtout de mémoire visuelle ; auditif, chez qui domine la mémoire des sons ; moteur., chez qui la mémoire des mouvements l'emporte. — Bien plus, chaque sens peut fournir des subdivisions : les visuels auront, les uns la mémoire des couleurs, les autres celle des formes ; les auditifs retiendront mieux, les uns les sons musicaux, les autres le langage de la prose, ceux-ci le langage rythmé de la poésie, ceux-là les bruits de la nature.

III. — Unité de faculté : A) Point de vue psychologique. Malgré les différences signalées, ces mémoires, au point de vue psychologique, ne constituent qu'une seule et même faculté ayant des fonctions diverses, car toutes, au fond, reviennent à la reviviscence de nos états psychiques passés et sont ramenées à l'unité par l'unité même de la conscience qui les enveloppe. « Il faut en effet une activité simple qui réunisse en elle tous les éléments des pensées, jugements, raisonnements, etc. dont le souvenir est conservé. Si la mémoire était composée de parties comme le cerveau, chaque partie, n'ayant qu'un élément: vg. du jugement ou du raisonnement, serait incapable de juger ou déraisonner, (i)» Il en serait de la mémoire comme de plusieurs hommes dont l'un entendrait la syllabe vé, l'autre la syllabe ri, le troisième la syllabe té; personne n'entendrait le mot vérité.

(') p. Chabin, Cours élémentaire de philosophie, Psychologie, p. 64. Paris, 1885.

Page 1