A. — LOI FONDAMENTALE DE L'ASSOCIATION
Les psychologues anglais S. Mill (3), A. Bain (^), J. Sully (^), H. Spencer (^), assignent, comme condition nécessaire et suffisante de l'association, la loi de contiguïté, à laquelle ils en rattachent deux autres :
L — Loi de contiguïté : deux ou plusieurs idées ont la propriété de se suggérer les unes les autres, quand elles ont déjà été contiguës dans la conscience, c'est-à-dire pensées simultanément ou les unes à la suite des autres. C'est ainsi que le premier mot d'une phrase rappelle la phrase entière.
IL • — Loi de similarité ou ressemblance : deux ou plusieurs idées, qui n'ont jamais été contiguës dans la conscience, peuvent s'associer quand elles ont quelque ressemblance. Un portrait fait songer à l'original.
Réduction : l'association par ressemblance est un cas particulier de l'association par contiguïté. La ressemblance est une identité partielle ; deux idées ne se ressemblent que par la présence d'un élément commun. C'est cet élément commun qui leur sert de trait d'union ; vg.
CDAB Virgile poète épique
ABKR poète épique Homère.
(') Hamilton, Lectures on Melaphysics, t. I, p. 352-353. Cette traduction est empruntée à M. Gazelles et tirée du livre de S. Mill : La Philosophie de Hamilton, p. 329. De là vient que nombre d'auteurs mettent le fait au compte de Mill.
(•) DuGALD Stewart (Éléments de la philosophie de l'esprit humain, traduct. Peisse, t. I, p. 210) critique avec raison l'expression d'association des idées, parce que cette loi de l'association, selon la remarque de Reid, s'étend à tous les faits psychologiques. De plus le mot suggestion serait préférable.
(') Système de Logique, L. VI, Chap. iv. — Philosophie de Hamilton, Chap. xi, xii.
(*) Les sens et l'intelligence, deuxième partie, Chap. i, ii, m, iv.
(') Principles of Psychology, t. I.
{•) Principes de Psychologie, t. I., Part, ii, Ch. vu, viii.
La représentation nouvelle CDAB, actuellement présente, suggère la représentation ABKB., qui ne lui a jamais été contiguë dans la conscience. Ces deux idées ont une partie commune AB, qui a été successivement pensée en contiguïté avec CD et KR. En pensant l'élément AB du groupe CBAB je pense donc l'élément identique du groupe ABKR ; or, comme il a été dans une expérience antérieure contigu à KR, cela suffit pour qu'il évoque l'idée entière ABKR. Le cas de similarité est donc un cas de contiguïté partielle et médiate.
IIL — Loi de contraste : les états présents à la conscience tendent à suggérer les états contraires. La lumière fait penser aux ténèbres, lo blanc au noir, le doux à l'amer, le créateur à la créature. C'est Bain qui a ajouté cette troisième loi.
Réduction : elle peut être ramenée soit à la loi de : a) contiguïté : parce que les contraires se suivent souvent dans l'expérience : vg. la nuit succède au jour, la tristesse à la joie. — b) similarité : parce que les contraires ont toujours quelque chose de commun : ils appartiennent au même genre et en sont les extrêmes : vg. le noir et le blanc sont les deux extrêmes d'un même genre : la couleur.
Conclusion : ainsi donc les lois de contraste et de ressemblance peuvent se réduire à la loi de contiguïté, qui est la loi fondamentale de l'association, sa condition nécessaire et suffisante. En effet, penser c'est unir ; l'activité de l'âme est essentiellement synthétique : elle organise en groupes les éléments divers fournis par l'expérience. Aussi un groupe ne peut tendre à se reconstituer tel qu'il a été, que s'il a été déjà constitué au moins une fois ; la contiguïté des idées dans la conscience est donc une condition nécessaire de l'association. C'est aussi une condition suffisante. Le groupe, après avoir été formé une première fois, n'a pas complètement disparu : l'esprit tend à refaire ce qu'il a déjà fait (105) ; par suite, qu'un élément du groupe précédent vienne à se représenter dans la conscience, il tend à faire revivre les autres qui ont été plus ou moins contigus avec lui. Hamilton appelle cette tendance foncière de l'esprit à reprendre son état antérieur « loi de rédintégration ».