B. — LOIS SECONDAIRES DE L'ASSOCIATION
La condition générale de l'association c'est la contiguïté. Reste à expliquer pourquoi une idée particulière, qui a été contiguë dans la conscience avec une foule d'autres, suggère celle-ci plutôt que celle-là. Les lois secondaires de l'association donnent la réponse :
L — Vivacité et netteté : plus la conscience de deux idées associées a été vive et distincte, plus ces deux idées ont la tendance à repa-
raître. — La vivacité et la netteté dépendent de Vémotion et de Valteniion (1) (105, § B).
IL — Répétition : plus deux idées ont été fréquemment associées dans la conscience, plus elles ont chance de reparaître.
IIL — • Liaison : plus l'esprit a remarqué entre deux idées associées des rapports essentiels, plus ces idées tendent à reparaître, parce que cette remarque a renforcé leur association.
IV. — Dissociation des idées : l'association qui renaît suppose un phénomène primitif plus profond : une dissociation préalable. En effet, une même idée A a été associée à une multitude d'idées différentes B, C, D, E, etc. Or l'esprit, quand l'idée A reparaît de nouveau, ne peut passer à l'idée B ou D, qu'après avoir préalablement dissocié A d'avec toutes les autres idées. La direction que prennent nos associations dépend donc principalement de la tournure native de notre esprit, de notre caractère et de nos inclinations. La nature des associations dépend aussi des habitudes prises, des études poursuivies, de la profession exercée, des dispositions actuelles et des circonstances présentes. Bref, elles dérivent de la nature originelle ou acquise de la personne ainsi que des conjonctures particulières dans lesquelles celle-ci peut se trouver. Aussi Spinoza a dit avec raison : « Les traces d'un sabot laissées sur le sable n'éveilleront pas les mêmes idées chez un guerrier, un laboureur et un marchand. » C'est ainsi qu'un orateur en prononçant le même mot « douleur » éveille dans chacun de ses auditeurs un cortège différent d'associations i^).
Conclusion : habitude et association : il ressort de ce qui précède, que l'association comme la conservation des idées, s'explique par Vhahitude. L'esprit tend à refaire ce qu'il a déjà fait et à le refaire dans l'ordre primitif. « Quand deux idées, dit S. Mill, ont été pensées une ou plusieurs fois en connexion l'une avec l'autre, l'esprit acquiert par là même une tendance à les penser ensemble. » Cette tendance, c'est l'habitude. L'association a donc pour principe l'habitude, dont elle est un cas particulier.
Aussi les lois de V association ressemblent aux lois de Vhabitude :
a) Un seul acte peut engendrer une habitude. — - De même, l'association peut naître d'une seule continuités pourvu que celle-ci nous ait fortement frappés.
h) La répétition fortifie l'habitude. — De même, deux idées sont d'autant plus sohdement hées l'une à l'autre qu'elles ont été plus souvent unies ensemble dans la conscience.
(') Voir dans Cicéron (De Finihus, V, 1) un bel exemple d'association.
(•) A. Tonnelle, Fragments : Du sens subjectif des mots, p. 90-92. Paris, 1874'.
c) La volonté favorise l'habitude par Vattention aux actes habituels OU la contrarie en portant l'attention sur d'autres objets. — Elle agit de même sur l'association.
d) L'association reproduit les idées en séries, dans le même ordre, comme l'habitude le fait pour les actes. Il faut ajouter, comme pour la mémoire, à l'habitude psychologique, qui fonde l'association, une habitude cérébrale. Bref, l'association est en définitive identique à l'habitude : c'est une habitude mentale doublée d'une habitude organique.
Les philosophes écossais (i), en particulier Dugald Stewart {^), considèrent l'association comme une faculté spéciale, la faculté qu'a l'esprit d'unir ses idées, d'une façon plus ou moins durable, d'après les rapports qu'il découvre en elles. Ces rapports sont de deux sortes : essentiels ou accidentels.