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EXCES DE L'ASSOCIATIONNISME

L'association joue donc un grand rôle dans la connaissance, puisque c'est sur les matériaux juxtaposés par elle que l'intelligence s'exerce. Mais l'École associationniste anglaise (^) a exagéré l'importance de l'association en voulant y ramener toute l'intelligence, expliquer par elle les opérations proprement intellectuelles et les principes premiers. En effet :

I. — Les opérations intellectuelles consistent à rechercher les rapports des choses. Or l'association peut bien faire apparaître une série d'idées, mais elle ne peut nous donner les rapports qui les unissent, et, encore moins, V universalité et la nécessité de ces rapports. L'association, à force d'être répétée, peut produire une nécessité subjective de penser deux choses à la suite l'une de l'autre ; mais il s'agit d'expliquer la nécessité objective des rapports. De plus, les éléments associés sont fournis par Vexpérience ; or l'expérience est limitée dans le temps et l'espace ; l'association ne peut donc rendre compte de V universalité de ces mêmes rapports. Quand la pensée s'efforce de réduire à des lois générales la multiplicité des faits associés, de relier ce qui était simplement juxtaposé, , en saisissant les relations essentielles et permanentes des êtres, il est 1 manifeste qu'il y a là un ensemble d'opérations réfléchies, qui sont nouvelles, irréductibles au mécanisme spontané, aveugle de l'association.

II. — Ce qui prouve bien encore que l'association ne peut expliquer toute l'intelUgence, c'est que l'intelligence, pour se maintenir droite, doit lutter contre les habitudes mentales que l'association tend à nous

{}) Cette École est représentée au xyiii» siècle par David Hume et le physiologiste David Hartley ; — au xix" par James Mill, père de John, John StuartMill.Alexandeb Bain, Herbert Spencer, James Sully.

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imposer. Laissée à elle-même, l'association est dangereuse pour la raison, c'est d'elle que découlent beaucoup d'erreurs, de préjugés, de superstitions : vg. peur d'être treize à table, croyance aux oiseaux de mauvais augure. Il faut que la raison surveille et dirige les associations et prenne l'habitude d'observer dans les idées associées les rapports essentiels et logiques. De la sorte l'intelligence acquiert des qualités de sérieux, de réflexion et de méthode. L'habitude de rechercher les rapports accidentels fait au contraire les esprits superficiels (116, B).

Conclusion : c'est donc une erreur de vouloir rendre compte de l'esprit tout entier par l'association, d'autant plus que l'association ellemême ne se comprend que par Vactivité synthétique de l'esprit. La tendance suggestive des idées leur vient de la synthèse qu'en a faite l'intelhgence : c'est là une loi primitive de la pensée, fondement de l'association elle-même.

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