‹ Traité de philosophieChapitre 264 sur 921 · ROLE DE L'ASSOCIATION · texte numérisé non relu

ROLE DE L'ASSOCIATION

On peut envisager son influence par rapport à la :

A. — Sensibilité : l'association est souvent la cause de préventions ou de sympathies. On aime ou l'on hait tel ou tel, parce qu'on a associé à leur personne l'idée d'un bien ou d'un mal dont ils semblent être les auteurs. Si nous avons à nous plaindre d'un individu appartenant à une certaine profession ou nationaUté, nous étendons notre antipathie à ses collègues ou à ses compatriotes {-).

B. — Intelligence : l'association : I. — Supplée la connaissance : c'est ainsi que les associations habituelles des animaux imitent nos jugements, nos raisonnements. Leibniz les appelle de simples « consécutions » (^).

IL — La prépare et la facilite : 1° Perception extérieure : elle l'enrichit, car les perceptions acquises sont le résultat d'associations (98, B)..

2» Réflexion : l'esprit se fixe sur une série d'états de conscience associés. . ■

3° Imagination : l'association lui fournit des matériaux.

40 Comparaison, jugement, raisonnement : pour que l'esprit puisse comparer les idées entre elles et percevoir leurs rapports, il faut que ces idées soient simultanément présentes dans la conscience.

111. — La conserve et la fait revivre : car elle est la loi fondamentale de la conservation des idées et de leur rappel (105, 106).

C. — Volonté : par l'influence qu'elle exerce sur les jugements et les sentiments, l'association agit sur la volonté, le caractère et la vie morale des individus et conséquemment sur les mœurs et les institutions sociales. L'homme habitué à enchaîner ses idées d'après les associations essentielles aura, ordinairement, un caractère ferme et droit comme son esprit, mais enclin à la raideur et à l'intransigeance. Celui qui ne cultive que les associations accidentelles sera aimable et conciliant, mais léger et inconstant.

Deux idées associées par l'habitude peuvent devenir inséparables et, par suite, avoir une influence prépondérante sur toute une vie d'homme ou sur toute une époque. Combien de belles actions sont dues à l'association des idées de dévouement et de gloire, de sacrifice et de joie de la conscience, de drapeau et de patrie ! Combien de malheurs sont venus de la fausse association des idées de fortune et de bonheur, de hberté

(') L. Ferri, La psychologie de l'association. (°) Leibniz, Nouveaux essais..., L. II, ch. 33. (') Leibniz, Monadologie, § 26-29. — Nouveaux essais, L. II, ch. XI, § 11.

220 EXCÈS DE l'associationnisme (118)

et d'insubordination, d'indépendance et de révolte ! Les écrivains, en mettant en circulation des associations justes ou erronées, contribuent à former dans une nation des courants d'opinions salutaires ou néfastes. . U éducateur doit donc se servir avec intelligence d'un moyen qui peut être si efficace pour le bien comme pour le mal. Il faut provoquer, entretenir, développer de bonne heure dans l'enfant des associations nobles, élevées : vg. l'idée de l'accomplissement du devoir et du bonheur qui le suit, l'idée de la pratique de la vertu et de la beauté morale qui en résulte pour l'âme ; l'idée du mensonge et de la honte qui rejaillit sur le menteur. Il faut, pour une raison contraire, écarter avec soin les associations fausses qui pervertiraient l'inteUigence (vg. idées superstitieuses) et les associations malsaines qui corrompraient la volonté et le cœur.

Page 1