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NATURE DE L'ATTENTION

I. — Définition : c'est Pacte par lequel l'intelligence se fixe sur un objet à l'exclusion de tout autre. C'est moins une opération spéciale que la condition de Vexercice des diverses facultés et l'auxiliaire indispensable de toutes les opérations intellectuelles.

II. — Erreur de Condillac (^) : il a soutenu qu'il n'y a pas de différence essentielle entre la sensation et l'attention. L'attention n'est pour lui qu'une sensation dominante et exclusive.

Réponse : A. — La sensation est passive, nous la subissons ; son intensité dépend de la cause extérieure qui la provoque ; — l'attention est active : c'est notre œuvre. C'est vrai même de l'attention spontanée et involontaire., puisque c'est une réaction de l'esprit contre la sensation ; a fortiori est-ce vrai de l'attention volontaire.

B. — La sensation est subjective : — l'attention est objective : on fait attention à quelque chose.

C. — Une sensation exclusive peut éveiller l'attention, mais ne la constitue pas, car : 1° C'est souvent l'attention qui rend une sensation dominante et exclusive : vg. pour mieux percevoir un son très faible j'écarte soigneusement toute autre sensation distrayante. — 2*^ L'attention peut prévenir la sensation et continuer après elle : vg. regarder dans l'obscurité. — 3° L'attention peut s'appliquer à un souvenir, à une idée aussi bien qu'à une sensation. Donc ici, comme dans tout son système, Condillac méconnaît Vactivité propre de l'esprit ; la sensation est quelquefois la condition de l'attention, mais sa cause, c'est V application même de l'intelligence. C'est aussi l'erreur de Taine, pour qui l'attention n'est que « la fascination exercée sur l'esprit par une image obsédante ».

(*) Traité des Sensations. — Cf. Laromiguière, Leçons de Philosophie, I'« Partie, leçon 4.

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