PROBLÈME DES UNIVERSAUX
Ce problème doit être examiné à un double point de vue :
A) Psychologique : quelle est la nature des idées générales ? qu'y a-t-il dans notre esprit quand nous pensons une idée générale ?
B) Métaphysique : quelle est leur valeur ? A quoi correspondent les idées générales dans la réalité ? Ont-elles un objet en dehors de nous ?
C'est une question importante, puisqu'elle implique la question même de la valeur de la science. Aussi n'est-il pas étonnant qu'elle ait été agitée de tout temps. Elle constitue dans Vantiquité le fond de la controverse relative à la théorie des idées ; elle groupe autour d'elle au Moyen Age toutes les doctrines philosophiques ; elle reparait encore sous des formes différentes dans la Philosophie moderne. On peut ramener à quatre les solutions données à ce problème : le Nominalisme, le Conceptualisme, le Réalisme exagéré, le Réalisme modéré (^).
L — Nominalisme : c'est l'opinion de Roscelin, chanoine et professeur à Compiègne (mort vers 1121) et de Guillaume d'Occam (vers 1280-1347) ; — de Pierre d'Ailly, chanceher de l'Université de Paris, évêque de Cambrai (1350-1425) ; — de Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris (1364-1429).
Les universaux n'ont aucune réalité, ni objective, hors de l'esprit, ni subjective, dans l'esprit.
Réaliser les universaux, c'est multipUer les êtres sans nécessité ; or Entia non sunt multiplicanda sine necessitate. Les universaux ne sont donc que des noms généraux, flatus cocis. Dans la réalité et dans l'esprit, tout est individuel.
'L'École anglaise (Hume, Berkeley, S. Mill, etc.), Condillac et Taine ont accepté cette doctrine, mais en la transformant: l'idée générale n'est qu'une image particulière, une image composite. Seulement cette image, en vertu des lois de l'association, rappelle un nombre indéfini d'images semblables.
IL — Conceptualisme : c'est la théorie d'ARÉLARD (1079-1142), de Locke (1632-1704). On y ramène aussi le Criticisme de Kant (1724- 1804).
(') J. Kleutgen, La philosophie scolastique, 2' dissertation. — M. Liberatore, Théorie de la connaissance intellectuelle, Ch. IV, Ch. VIII, Art. I.