PROBLÈME DES UNIVERSAUX
Les universaux n'ont aucune réalité objective, c'est-à-dire en dehors de nous, mais ce ne sont pas de purs mots. Ce sont des conceptions de l'esprit, des formes subjectives de la pensée (^). Les individus seuls sont réels, mais l'esprit peut les classer d'après leurs caractères communs ; de là les idées générales : vg. les hommes individuels existent seuls ; mais nous avons une idée, qui condense leurs qualités communes : Vhuynanité ; cette idée n'existe que dans notre esprit, mais du moins nous la'pensons. C'est ainsi qu'As élard voulait concilier le nominalisme et le réalisme.
III. — Réalisme exagéré (^) : Aristote l'attribue à Platon ; c'est du moins l'opinion de certains platoniciens. Elle a été défendue au Moyen Age par Guillaume de Champeaux (XII^ S.), archidiacre de Paris, puis évêque de Châlons.
L'universel est seul réel : vg. Vhumanité, l'homme en soi, existe indépendamment des hommes particuliers et de l'esprit qui la conçoit. Les individus, Pierre, Paul, etc., ne sont des hommes que par leur participation à cette réalité. Aussi entre tous les individus de la même espèce ou du même genre il y a unité d'essence.
Critique au point de vue : A) Psychologique : il s'agit de savoir quelle est la nature de l'idée générale. Est-elle distincte des mots et des images ou se résout-elle en mots et en images ?
L'idée générale n'est pas : 1° Un simple mot : le Nominalisme contient une part de vérité, à savoir : a) Le langage fixe les idées générales. — b) Nous ne pensons pas sans le secours d'une image, qui est le plus souvent une image sonore, un mot. — c) Les mots peuvent remplacer les idées, parce qu'ils leur ont été associés et en sont les signes. C'est ainsi que : vg. dans les calculs d'arithmétique ou d'algèbre on pense avec des mots. Mais les mots ne sont rien sans la pensée ; sans elle, ils n'auraient aucune signification ; le langage ne serait qu'un « pur psittacisme ». (Leibniz.)
2^ Une image : l'image composite se fait par une fusion spontanée et lente d'images semblables ; l'idée générale est l'œuvre de l'activité intellectuelle (136).
Objection des Nominalistes : l'indéterminé ne peut pas plus exister dans la pensée que dans la réalité ; toute représentation est nécessairement particulière ; par conséquent l'idée générale, étant indéterminée, ne peut exister.
(M Cf. LiBERATORE, Op. cit., § 134, note 1, où est cité un passage cI'Abélard, tiré de son Commentaire sur Porphyre. — Les Ouvrages inédits (I'Abélard, édités par Cousin, contiennent les Gloses sur Porphyre.
{') Nombre d'auteurs, à la suite de Rabier {Psychologie, ch. xxiv, p. 305), n'ont pas pris soin de distinguer deux sortes de réalisme et sont par là même tombés dans des confusions regrettables.