‹ Traité de philosophieChapitre 311 sur 921 · ANALYSE DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

ANALYSE DU JUGEMENT

Critique : une telle intuition est un simple état de conscience, ce que les ScoLASTiQUES appelaient la simple appréhension ; mais saisir simplement en dehors de toute affirmation ou négation, ce n'est pas juger. Sans doute, il est difficile de séparer vg. la perception de la neige de l'affirmation de sa blancheur, plus difficile encore de séparer la perceptiorî de soi-même de l'affirmation de l'existence propre ; cependant ce sont deux choses fort différentes. Il n'y a jugement que lorsque l'esprit aperçoit et affirme, dans cette intuition même, un rapport. Les animaux ont le sentiment de leur existence et de leurs états ; ils ne jugent pas pour cela. Donc tout jugement est essentiellement comparatif. Seulement, le jugement réfléchi résulte d'une comparaison préalable, tandis que le jugement spontané est cette comparaison même. Il n'y a donc pas lieu à^opposer avec Cousin, les jugements intuitifs aux jugements comparatifs. Mais on peut donner au jugement spontané le nom d'intuitif, parce qu'on saisit de prime abord la convenance ou la disconvenance des deux termes ; Vévidence même du rapport et Vhabitude acquise rendent la comparaison si rapide qu'elle finit par échapper à l'attention et ne laisse aucune trace dans le souvenir.

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