‹ Traité de philosophieChapitre 310 sur 921 · MODES DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

MODES DU JUGEMENT

Définition : opération par laquelle l'esprit aperçoit et affirme des rapports. Juger, d'après Aristote, c'est affirmer quelque chose de quelque chose : xaryiyopsTv x\ TOpt xtvoç. — Il a deux modes :

I. — Spontané : opération par laquelle l'esprit aperçoit et affirme un rapport donné dans les choses : vg. j'existe ; — la neige est blanche ; — il fait froid. Ce sont là des jugements d'existence ou de qualité. Le jugement spontané a pour objet immédiat les choses mêmes (représentées par les idées concrètes) ; il est antérieur à l'acquisition et à l'élaboration des idées générales, dont il est la condition, car l'intelUgence ne débute pas par l'abstrait. Ce qui est premier en date dans l'esprit, ce sont les données concrètes et particulières, fournies par la conscience et par les sens.

II. — Réfléchi : opération par laquelle l'esprit aperçoit et affirme un rapport de convenance ou de disconvenance entre deux idées. C'est la définition traditionnelle, donnée par les Sgolastiques, la Logique de Port-Royal, Locke (i). Elle a été vivement combattue par Cousin {^),

Cette définition implique deux choses que ses adversaires n'ont pas distinguées : 1^ Tout jugement est une compar-aison. — 2" Tout jugement est une comparaison d idées abstraites et générales. Cousin a bien réfuté cette seconde thèse, parce que, comme nous venons de le voir, le jugement spontané, qu'il appelle intuitif, n'exige pas la perception d'un rapport entre deux idées abstraites et générales. Mais il a tort de nier que le jugement spontané consiste dans la perception d^un rapport entre deux choses, entre des données concrètes et particulières fournies par la conscience et les seiis. Pour lui, le jugement spontané n'est que la perception immé' diate d'existences ou de qualités, sans affirmation de rapport : il est intuitif et non comparatif. Ainsi, juger que j'existe, ce n'est pas affirmer un rapport entre le moi et le fait de l'existence, c'est avoir l'intuition d'un moi existant.

(') Essai sur Veniendement humain, L. IV, ch. i, § 2. (") Philosophie de Loche, leçons XXIII, XXIV.

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