‹ Traité de philosophieChapitre 329 sur 921 · A. — INDUCTION · texte numérisé non relu

A. — INDUCTION

I. — Analyse psychologique : A). —Nature : c'est un raisonnement par lequel l'esprit conclut du particulier au général, c'est-à-dire des effets aux causes, des faits aux lois, des conséquences aux principes. Induire^ c'est de l'observation d'un plus ou moins grand nombre de cas donnés conclure tous les cas du même genre, c'est inférer la loi qui les régit : vg. ce fer, ce bois, cette pierre, ce livre, etc., abandonnés à euxmêmes tombent ; donc tous les corps abandonnés à eux-mêmes tombent. L'induction est par conséquent une sorte de généralisation. Les lois établies par l'induction sont de deux sortes : i^ Lois de coexistence, qui énoncent des rapports constants entre des caractères simultanés : vg. les oiseaux sont des vertébrés. — 2° Lois de succession, qui énoncent des rapports constants entre des faits qui se suivent : vg. la chaleur dilate les corps.

B) Modes : on distingue l'induction :

l» Spontanée, c'est l'induction vulgaire : elle consiste à conclure d'un certain nombre de cas donnés à tous les cas du même genre en raison du fait de leur ressemblance ; mais les cas sur lesquels elle se fonde n'ont pas été étudiés dans le but de découvrir la cause de leur ressemblance. L'induction vulgaire est tantôt vraie, tantôt fausse, car elle procède au hasard. Elle est l'origine de beaucoup de préjugés : vg. l'apparition d'une comète sera interprétée comme le présage d'un malheur public, parce que quelquefois les deux phénomènes ont fortuitement coïncidé.

2° Réfléchie, c'est l'induction scientifique : elle consiste à conclure d'un certain nombre de cas donnés à tous les cas du même genre en raison de la cause qui explique leur ressemblance. L'induction scientifique aboutit à la vérité, parce qu'elle ne procède pas en aveugle, mais d'après des méthodes sûres (Cf. Logique, L. II, Ch. i v, Méthodes de S. Mill).

C) Opérations qu'elle suppose: 1° L'esprit compare un certain nombre ■de faits et aperçoit entre eux un rapport de coexistence ou de succession : vg. Tous les oiseaux que j'ai observés étaient vertébrés.

(153) ESPÈCES DE raisonnements: déduction 281

2° L'esprit interprète ce rapport comme le signe d'une liaison essentielle : Ils étaient vertébrés parce (/w'ils étaient oiseaux.

3° Du caractère essentiel de cette liaison il conclut la généralité du rapport, c'est-à-dire la loi : Donc tous les oiseaux sont vertébrés.

D) Induction et Association : on voit par là toute la distance qui sépare l'induction de l'association des idées et par conséquent l'impossibilité de l'y ramener, comme le veulent Hume et les Associationnistes anglais. L'association peut être l'équivalent pratique de l'induction, comme on le voit chez les enfants et les animaux ; elle peut produire dans l'esprit le phénomène de l'attente, comme le produit la connaissance d'une loi. Le chien qui voit lever sur lui un bâton, dont il a été déjà frappé, attend la douleur. Cette attente est due à une association d'images entre le bâton levé et la douleur qui a suivi. Mais l'animal ne pense ni la liaison qui unit les deux phénomènes, ni la causalité, ni l'universalité. Il n'y a eu qu'une succession d'images, qui peut être efficace pour la conduite (même chez l'homme, lequel est souvent purement empirique, com.me dit Leibniz) ; mais il n'y a pas trace de raisonnement (^).

II. — Analyse logique : l'induction pour être légitime, pour déterminer la cause et établir la loi des phénomènes, doit employer des méthodes sûres (Méthodes de S. Mill qui comblent les lacunes des tables de Bacon) et s'appuyer sur un principe certain (celui de l'uniformité de la nature) qui justifie le passage de quelques cas à tous les cas possibles du même genre (Cf. Logique^ L. II, Ch. iv, Méthodes des sciences physiques et naturelles, 64-88)

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