LA PSYCHOLOGIE N'EST PAS UNE BRANCHE DE LA PHYSIOLOGIE
Remarques : I. — On distingue dans l'homme trois vies :
a) Physique ou végétative^ caractérisée par la nutrition ;
h) Animale ou sensitive, caractérisée par la sensation;
c) Humaine ou morale, caractérisée par la raison, le sentiment et la volonté.
IL — Les faits qui tombent sous notre expérience se ramènent à l'une des trois classes suivantes :
a) Physiques : faits de la nature corporelle considérée en dehors des lois de la vie : vg. attraction et mouvements des astres, pesanteur,, lumière, couleur, forme, chaleur, électricité, combinaisons chimiques,
b) Physiologiques .-faits de la vie physique ou végétative : vg. germination, floraison, fructification chez les végétaux ; innervation, mouvements musculaires chez les animaux ; — respiration, nutrition, circulation, sécrétion, reproduction chez les végétaux et les animaux.
c) Psychologiques : faits de la vie de Vâme : vg. sensations, sentiments — pensées, — volitions.
III. — On pourrait substituer aux termes : faits physiques, physiologiques, psychologiques, ces trois autres équivalents : mouvement, vie, pensée.
IV. — Ce que nous dirons des phénomènes physiologiques s'appliquera a fortiori aux phénomènes physiques.
V. ■ — La Physiologie est la science des fonctions des organes du corps, notamment du cerveau. — Pour qu'une science puisse exister, la première condition est qu'elle ait un objet propre, irréductible à ceux que d'autres sciences étudient. La Psychologie réahse-t-elle cette condition (1) ?
Un certain nombre de savants prétendent que non. D'après eux, la sensation naît d'un mouvement qui, commencé dans un des organes des sens, s'est propagé dans les nerfs sensitifs et est venu aboutir aux centres cérébraux ; la pensée n'est que le dernier terme de cette série
(M É. Rabier, Pychologies, Ch. III, p. 21-30, Paris ,1884.
de mouvements nerveux ; elle-même est un mouvemeîit nerveux, elle est une fonction du cerveau ; or l'étude des fonctions du cerveau est du ressort de la physiologie ; donc l'étude de la pensée est elle-même duressort de la physiologie, dont la psychologie se trouve ainsi n'être qu'une branche.
Réponse : il y a, entre les faits physiques et physiologiques d'une part — et les faits psychologiques d'autre part, des différences telles que toute tentative de réduction des seconds aux premiers est impossible. Ces divergences sont tellement frappantes qu'elles sont reconnues par des savants peu suspects de spiritualisme : vg. Tyndall ; — - Taine : « On aurait beau connaître exactement la nature du mouvement cérébral qui est la condition de telle ou telle sensation, il est impossible de réduire la sensation au mouvement ; et l'analyse, au lieu de combler l'abîme qui les sépare, ne fait que l'élargir à l'infini » ; — Dubois- Reymond : « Les deux phénomènes sont simultanés, isochrones, mais de l'un à l'autre le passage est impossible. »