‹ Traité de philosophieChapitre 35 sur 921 · A. — DISTINCTION · texte numérisé non relu

A. — DISTINCTION

Les faits physiologiques et les faits psychologiques diffèrent en effet par leurs :

L ■ — Nature : les phénomènes physiologiques sont étendus, donnés dans V espace : c'est pourquoi ils ont des dimensions, une forme qu'on •peut décrire, représenter; en dernière analyse, ils se ramènent à des mouvements, ce sont des faits mécaniques. — Les phénomènes psychologiques s'accomplissent dans le temps ; ils n'ont pas de dimension dans l'espace ; ils sont inétendus. On ne saurait les ramener au mouvement, car quoi de commun entre un mouvement rectiligne, curviligne, etc. et la pensée de Dieu, le sentiment du bien, la sensation du rouge ? « On peut bien dire, avec Tyndall, que le sentiment de l'amour correspond dans le cerveau à un mouvement en spirale dextre,... mais il est absurde de dire que le sentiment de l'amour est à la lettre un mouvement en spirale dextre... ».

Par exemple, une coupure au doigt a une forme, une longueur, une largeur et une profondeur qui s'expriment en milUmètres ; la douleur qui en résulte n'a pas de forme et ne peut s'exprimer en chiffres. Il serait ridicule de dire : cette douleur a tant de millimètres de profondeur. Si on parle quelquefois de douleurs profondes, d'idées larges, etc., c'est par métaphore.

De là ces autres différences : les phénomènes physiologiques étant étendus sont par le fait même :

A) Localisés : la respiration est située dans les poumons, la digestion

dans l'estomac ; les phénomènes psychologiques n'ont pas de place : où situer une vohtion, une idée ?

Objections : 1) cependant est-ce que les sensations et sentiments ne sont pas locaUsés dans l'organisme : vg. une douleur dans le bras ; les affections dans le cœur ? — Réponse : cette localisation n'est qu'apparente ; c'est une illusion analogue à celle des amputés. Dans le bras il n'y a que la cause organique de la douleur, dans le cœur, rien que des mouvements (30, 32).

2) Les phrénologistes ont essayé de localiser dans le cerveau les différentes fonctions spirituelles : vg. Broca a locaHsé la faculté du langage articulé dans la troisième circonvolution frontale. — Réponse : ce qui est locahsé, ce sont les actions physiologiques qui sont la condition des fonctions spirituelles, mais non celles-ci (^).

B) Mesurables : vg. vitesse des courants nerveux centripète et centrifuge ; durée nécessaire à la digestion des divers aliments, nombre des pulsations dans un temps donné, etc. ; — on peut exprimer numériquement les rapports des phénomènes organiques : vg. en temps de fièvre le pouls battra trois ou quatre fois plus vite que dans l'état de santé.

On ne peut, au contraire, mesurer les phénomènes psychologiques. Pour cela il faudrait d'abord trouver une unité de mesure pour chaque ordre de faits psychologiques, ce qui est impossible ; — ensuite toute mesure se fait par superposition ; or les phénomènes psychologiques sont inétendus. Sans doute nous savons par la conscience que vg. tel sentiment est plus profond que tel autre ; c'est-à-dire que les phénomènes psychologiques sont intensifs ; mais il serait absurde de dire strictement qu'on aime Paul vingt fois, cent fois plus que Pierre (^).

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