SENSUALISME DE CONDILLAC
I. — Exposé : CoNDiLLAC (1715-1780) veut prouver que du seul fait de la sensation on peut faire sortir, par voie de transformation, toutes les facultés de l'esprit humain. Pour justifier sa théorie il imagine une statue « organisée intérieurement comme nous et animée d'un esprit privé de toute espèce d'idée « ; il lui donne successivement l'usage des différents sens et il montre alors comment nos facultés elles-mêmes dérivent de la sensation. C'est le système de la sensation transformée. Voici comment s'opère cette transformation (^).
La sensation en tant que : A) Représentative engendre les facultés intellectuelles : a) la perception, c'est la sensation rapportée à un objet extérieur ; -^ è) la conscience, c'est la sensation avertissant l'âme de sa présence ; — c) la mémoire, c'est la sensation renaissante et affaiblie ; — d) Vattention, c'est une sensation exclusive ou dominante ; — e) le jugement, c'est une comparaison, c'est-à-dire une double attention, par suite une double sensation ; /) le raisonnement, c'est une combinaison de jugements, par conséquent de sensations.
B) Affective, elle engendre les facultés morales : a) le plaisir et la douleur sont des sensations actuellement éprouvées ; — 6) le besoin est le souvenir d'un plaisir ; — c) le désir est la conscience d'un besoin ; — d) la volonté est un désir prédominant et absolu. — Tout dans l'àme se ramène donc aux sensations ; c'est pourquoi le moi « n'est qu'une collection de sensations »,
C) Essai sur l'origine des connaissances humaines. — Traité des sensations, 1''= P. — CONDILLAC ne s'est pas expliqué nettement sur le sens qu'il donne au mot sensation. Maine DE BiRAN (Cf. Décomposition de la pensée) estime que sensation pour Condillac signifie action de «ntir et que tous les états de l'âme ne sont que diverses manières de sentir ou de se sentir ; dans ce cas le mot sensation est Synonyme de conscience ; et alors entre Condillac et Descartjis pour qui tous les états psychologiques ne sont que des modes de la pensée ou conscience (77), il n'y a qu'une divergence verbale. Mais alors Condillac aurait dû expliquer l'origine même de ces différents modes de sentir ; mais il ne l'a pas tenté. — Ou bien le mot sensation est pris au sens ordinaire d'état intérieur provoqué par un phénomène physiologique, et, dans ce cas, on ne voit pas comment une sensation peut se transformer • en un autre phénomène, encore moins en une faculté.