‹ Traité de philosophieChapitre 358 sur 921 · II. — Critique : A) Facultés intellectuelles · texte numérisé non relu

II. — Critique : A) Facultés intellectuelles

1^. — L'hypothèse de Vhomme slalae n'apporte aucune preuve au système, car c'est une pure fiction. La manière même, dont ce système est construit, rappelle les procédés d'un algébriste plutôt que la méthode expérimentale d'un physicien. On dirait une série d'équations, dans laquelle Condillac substitue le terme sensation à tous les autres termes. C'est une synthèse a priori.

20. — L'esprit ne reste pas passif et inerte dans la formation de la connaissance. Autant vaudrait expliquer la nutrition par les aliments seuls sans l'estomac ; la respiration par l'air seul sans les poumons (^). Aussi les faits viennent-ils contredire la théorie de Condillac : les sensations ne se transforment pas en idées sans le concours actif de l'attention et du jugement, h'actii'ité de l'esprit intervient aussi dans l'abstraction, la comparaison, la généralisation, le jugement et le raisonnement. C'est l'esprit lui-même qui, par ces différentes opérations, élabore les données de l'expérience. La connaissance ne se fait donc pas toute seule par une sorte d'enregistrement automatique des données de la sensation ; nous avons conscience au contraire de Veffort que l'esprit doit faire pour accomplir les différentes opérations intellectuelles. Voilà des faits incontestables que l'esprit de système peut seul mettre en doute.

3°. — Considérons en particulier V attention., puisqu'elle a une place prépondérante dans le système de Condillac. Or il est manifeste que la sensation, étant passive et spontanée., ne peut se transformer en attention, laquelle est active et volontaire (126).

4°. — La sensation n'ayant pour objet que des choses particulières et l'esprit étant réduit à une pure réceptivité., il est impossible que la sensation explique jamais les idées générales. Ce que je vois est telle couleur et non la couleur ; ce que je touche. est une étendue particulière et non l'étendue. S'il n'y a pas d'idées générales, il n'y a plus que des noms communs ; le système aboutit donc au nominalisme C^) (140).

B) Facultés morales : 1°. — La doctrine de Condillac méconnaît Vinnéité des inclinations., sans laquelle le plaisir et la douleur sont inconcevables (23).

2o. — Elle confond le désir et la volonté (197).

3°. — Elle enlève à l'àme toute spontanéité et toute liberté, puisque la sensation, principe des facultés morales, est passive et fatale (16).

Conclusion : le moi n'est donc pas « une collection de sensations » (76).

(M F. Ravaisson : « L'empiriste exclusif... c'est un physiologiste qui explique la nutrition par les aliments seuls et qui oublie ce qui les reçoit et les transforme, l'estomac ; c'est un physiologiste qui explique la respiration par l'air seul et qui oublie les poumons. » (La Philosophie en France au XIX'' siècle, 2" édition, p. 14.)

(*) « Qu'est-ce au fond que la réalité qu'une idée générale a dans notre esprit ? Ce n'est qu'un nom. » (Condillac, Logique, II« P., Ch. V.)

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